Laye en Champsaur

Le vieux village de Laye

 

Nous aimerions vous faire découvrir le village de Laye en Champsaur à travers une trentaine de photos récentes. Dans le coeur des champsaurins, ce village de Laye a une place très spéciale. En effet le 17/07/1944 s’est déroulé une grande page de la Résistance 39-45, une page tout à fait étonnante, voire contestée, où les Résistants Français ont attaqué un convoi Allemand.  Après 12h de combat sérieux, les Allemands ont brulé en fin de journée tout le village. Il s’en ai fallu de peu pour que les villageois ne soient fusillés. Seule l’attitude de l’officier Allemand a évité le pire : il a refusé de les passer par les armes !  Le Champsaur est libéré 1 mois plus tard le 20 Août 1944.

Donc la visite du village, n’en soyez pas étonnés,  sera émaillée de rappels d’histoire.

Un peu plus haut dans les alpages, ce trouve la station de ski de Laye qui a ouvert ses pistes en 1965.  Pour lire l’article Cliquez ICI

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Photo aérienne prise au mois de juin.

 

 

Récit de cette fameuse journée du 17 juillet 1944 : les Résistants apprirent qu’un des leurs avait été arrêté à St Bonnet et que la voiture de la Gestapo, à l’intérieure de laquelle il se trouvait, allait passer à Laye juste avant le col Bayard. Les maquisards se mettent en embuscade le long de la route, des 2 côtés, tout proche de Laye. Il s’agissait donc au départ d’une « mission commando », éclair, pour libérer un prisonnier ….. Mais en quelques secondes tout va basculer. Un jeune combattant tire trop tôt et sans ordre. Les allemands ayant entendu le coup partir, s’arrêtent avant l’endroit prévu et font preuve d’expérience. Ils évitent le pire, se mettent en position et ripostent. Mais plus grave : les maquisards ne savaient pas qu’un camion rempli de soldats suivait juste derrière. Suite un peu plus loin…..devant le photo du mémorial.

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Belle photo du vieux village de Laye.

On voit très bien le mémorial de la Résistance qui se trouve au sommet du village. Curieux (mais volontaire de ma part), la route Napoléon (N 85) ne se voit pas alors qu’elle est juste dans le creux.

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Je traverse la route Napoléon pour rejoindre le coeur du village. C’est juste un peu plus bas (aux lieu-dit « les Roberts » que les combats ont débuté. Je prends la direction du monument de la Résistance. Toutes les maisons qui se trouvent en face ont été brûlées par les allemands à la fin du combat.

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Laye en Champsaur

.Cette photo a été prise d’un drone à environ 100m d’altitude.

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Le mémorial se trouve derrière l’église à 200 m environ, sur les hauteurs.

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.L’église de Laye.

 

Le mémorial de la Résistance 39-45

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Mémorial de la Résistance Champsaur-Valgaudemar. Notre site a retracé dans la mesure du possible  l’histoire individuelle de chacun des Résistants. Pour lire l’article Cliquez ICI

Suite de ce combat …..

Le combat s’engage durement. Les français auraient dû décrocher rapidement. Paul Héraud qui était partisan des attaques « éclairs », fulmina plusieurs jours contre cet acharnement au combat, et déplora amèrement les morts. Jean Sassi, en 2008, avec sa façon très militaire de s’exprimer, raconte dans son livre pour ce combat de Laye :  « Au combat, pour une guérilla, c’est l’embuscade qui prime……..on se positionne dans l’attente du convoi ou de la patrouille. Au coup de sifflet, on crache. Dix minutes maximum, puis on décroche vers le point de ralliement, en sprintant……surtout avec les allemands rompus à la contre-guérilla…. ».

Mais là, à Laye, les choses ne se passent pas comme ça……..

Les deux camps vont chercher des renforts et les combats s’intensifient. En réalité les Français sont progressivement encerclés et n’arrivent plus à se dégager. Ils n’y arriveront qu’en fin de journée. Anecdote (qui aurait pu être très grave ) : une fillette traversa la route en plein milieu de la fusillade complètement inconsciente de ce qui se passait. Elle pût malgré tout renseigner les maquisards sur les positions allemandes !

Les combats durèrent jusqu’à la tombée de la nuit ……tardivement en Juillet.

Dépités par cette attaque les allemands brûlèrent les maisons avoisinantes ….

Les maquisards apprirent au retour de cette mission plus ou moins ratée, que la voiture de la Gestapo (la même) avait abattu froidement, 20 minutes plus tôt, un Champsaurin dénommé Paulin Faure, au niveau des « Barraques « près de Saint Bonnet. En effet, voulant aider une personne âgée qui devait se rendre à Gap, Paulin avait fait signe à cette voiture banale pour qu’elle s’arrête. Il ne savait pas qu’il s’agissait en fait de la Gestapo. Afin de dégager la route ou peut-être par peur d’une embuscade, ils tuèrent cet homme froidement.

Les conséquences à Laye :

 Il y eut quatre morts côté français et de nombreux blessés. Un seul blessé côté Allemand …malgré l’effet de surprise.

Panzini Roger.

Para Amédée ( issu du scoutisme ).Voilà comment cela se passa : il voulut informer des résistants qui se trouvaient un plus loin, qu’une manoeuvre allait se faire. L’information était importante .Sa dernière parole fut : » ce sera ma B-A de la journée ». Il n’avait pas fait quelques mètres qu’il fut abattu d’une raffale de mitraillette. Quelqu’un m’a signalé qu’Amédée était très jeune, trop pour ce genre de mission. Par contre, quelques mois auparavant il avait fait merveille en photographiant des sites que les Résistants voulaient attaquer, missions dangereuses mais pas autant que ce combat.

Parmentier Maurice ( un des jeunes accueilli clandestinement par le Père Poutrain )

Vallon Henri.

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Conséquences positives de ce combat longtemps décrié :

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Les allemands prirent conscience une fois de plus de l’importance de la résistance sur le secteur et de la modernité de leurs armes. Ils demandèrent à nouveau du renfort en haut lieu qui n’eut pas le temps d’arriver avant Août 1944. Conclusion : ils n’osèrent plus s’aventurer dans cette vallée. Et lorsqu’ils remontèrent le Champsaur en Août 1944 pour rejoindre le Nord-est, la Résistance les harcela sur tout le trajet au point qu’ils durent se rendre complètement à Vizille. (voir description plus loin)

Pour lire l’article sur la Résistance ……. Cliquez ICI.

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Resistance Laye.

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La préparation et le déroulement de ce combat ont été critiqués. J’en donnerai les raisons un peu plus loin, devant la photo du 2ème mémorial qui longe la nationale. Ce mémorial concerne le jeune Amédée Para.

Retour vers le village

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Laye champsaur

Le village s’étend de part et d’autre de la route Napoléon. Dommage les photos ne sont pas de très bonne qualité à cause des nuages. La station de ski de Laye se devine en haut et à droite dans les alpages. Pour lire l’article sur la station de Laye Cliquez ICI

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Proche de l’église.

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Ferme-Laye.jpgJ’ai été surpris par l’architecture et par l’importance des bâtiments. Aucun doute cette maison a une histoire……Si vous en connaissez la raison n’hésitez pas à laisser un petit commentaire.

Une réponse est arrivée en septembre 2017  accompagnée de 4 photos anciennes :

« Il s’agit aujourd’hui d’un groupement foncier agricole (dénommé Léonce & Ferdinand) à savoir une société civile qui a pour objet l’acquisition ou le regroupement de biens agricoles à la fois bâtis et non bâtis (terres, prés, bâtiments, droits immobiliers…) en vue de la constitution d’une exploitation unique ».

« Auparavant masqué par une imposante maison bourgeoise (voir photo Laye avant-guerre qui se trouve juste après) ce corps de ferme a été entièrement reconstruit après-guerre après avoir été incendié au soir du bien tristement célèbre « combat de Laye du 17 juillet 1944 ». La magnifique bâtisse qui le devançait était composée de salles voûtées avec des peintures murales et d’un parc d’agrément avec bassin et jets d’eau. Également incendiée par les soldats allemands, elle n’a malheureusement n’a pu être sauvée et ses ruines ont été démolies après guerre (voir photo ruines après guerre) . Il ne reste plus de cette propriété que les écuries des chevaux, le mur d’enceinte et le portail en pierres taillées. 
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Ruines après guerre (Laye)

.On voit bien sur ce cliché l’ancienne batisse qui a été ravagée par le feu le 17 Juillet 1944. Et surprise : au premier plan un prisonnier Allemand en train de se laver. Si j’ai bien compris, ce prisonnier est resté plusieurs mois dans cette ferme après la libération du Champsaur et une amitié est née entre lui et la famille d’accueil. Il avait donc sous les yeux les  belles oeuvres de son armée !  Le propriétaire des lieux lui disait « ne t’inquiètes pas, je fais la différence entre toi et la politique de ton Fuhrer … » et une amitié a perduré.

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Laye 1944

Sur cette photo qui date d’avant la guerre, on repère bien cette belle bâtisse (cercle rouge).

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Laye

Fenaisons juste après guerre.

Malgré le drame du 17Juillet 1944, la vie reprend son cours. En juin les paysans coupent l’herbe lorsqu’elle atteint son maximum de développement . L’herbe coupée et séchée devient le foin  qui sert d’aliment au bétail pendant l’hiver et le début du printemps.

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Devant l'Église de Laye

.Voici donc la 4eme photo qui m’a été adressée avec un commentaire surprenant que voici « En ce qui concerne la photo devant l’église de Laye, datant de 1895 environ, il y a effectivement toute ma famille au 2ème rang en partant du fond (famille MARTIN-TURC)  et les autres sont des villageois je suppose. Le noir qui se trouve au 1er rang était le domestique du médecin de Laye (le Dr Giraud). Pour l’anecdote, ce domestique avait un singe dressé mais ce singe avait la manie d’imiter tous ses gestes. Un jour, après avoir vu son maître se raser de près avec un rasoir de l’époque, il a voulu faire pareil et cette pauvre bête s’est égorgé … Triste mais vrai… » .

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.Reprenons notre périple et l’histoire du village. 

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Laye-village.jpg.

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Laye de l’autre côté de la Nationale. Pratiquement toutes ces habitations ont brûlé le 17 juillet 1944 en fin de journée. Les allemands furieux de l’attaque des Résistants français mettent le feux partout. Heureusement ils ne tirent pas sur la population…….Toutefois ces personnes ont été tenues en joue par les Allemands afin de les empêcher de récupérer quoi que ce soit dans les habitations. Témoignage : « ma grand-mère dans un réflexe idiot, avant de sortir de sa ferme, a récupéré son oreiller et s’est présentée ainsi, sur le lieu du rassemblement. L’Allemand énervé a jeté cet oreiller sur le côté et lui a fait rejoindre les rangs… ». Et tout a brulé sous leurs yeux. Une personne de Laye m’a affirmé que les habitants n’ont eu la vie sauve que par l’ordre d’un officier,  autrement c’était un autre Oradour sur Glane (10 juin 1944).

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Je reprends la route Napoléon

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Dans le Champsaur le mois de juin est très propice aux photos (sauf nuages occasionnels). En effet la nature est très verte……

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A environ 200 m de Laye on trouve ce 2ème mémorial au bord de la route Nationale N 85, faisant mémoire de la mort et du sacrifice du jeune Amédée Para (un des quatre jeunes morts aux combats). Issu du scoutisme, ce monument porte à la fois la croix de Lorraine (résistance) et la croix scoute. Amédée a été tué dans le petit bois qui est marqué par la flèche rouge. On se rend compte que les combats ne sont pas restés figés le long de la Nationale. Les français ont été littéralement encerclés par les allemands et n’ont pu se dégager que tard le soir.

Le 17/07/1944, Amédée participait à ce combat de Laye avec d’autres jeunes issus du scoutisme. Dans les mois qui avait précédé cette action, il avait déjà rendu de nombreux services à la résistance locale en photographiant par exemple les positions allemandes, en faisant sauter un voie de chemin de fer….

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 Voilà comment les choses se passèrent : après un rude journée de combats, le soir venu, deux groupes de résistants risquaient d’être coupés durant le repli. Il proposa de tenter une liaison pour prévenir les camarades de la manoeuvre. « Ce sera ma B.A. de la journée » dit-il. Après avoir fait quelques mètres il fut immédiatement repéré et abattu.

Sur cette photo, Amédée doit avoir 18 ans. Lors d’une commémoration un intervenant signalait : « Son sacrifice illumine d’une gloire impérissable les Scouts de France et son exemple rayonnera à jamais sur tous nos jeunes ».

Une rue du centre ville de Gap porte son nom. J’ai rencontré en septembre 2017 un de ses anciens camarades de classe, M. Jouve qui a été pharmacien à Gap : émouvant.

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Laye-39-45.jpg.

Cette ferme se trouve juste en face du monument concernant Amédée Para. Le propriétaire (environ 60 ans) très sympathique m’a raconté comment les combats s’étaient déroulés. Il m’a signalé d’ailleurs qu’avec le temps des variantes avaient vu le jour ainsi que des inexactitudes.

Voilà ce qui s’est passé pour cette ferme en fin de journée (17 juillet 1944). La nuit tombe, les Résistants se retirent. Il y a quatre morts malheureusement parmi les jeunes français. Les allemands de leur côté sont furieux et pourtant ils n’ont qu’un seul  blessé. Lorsqu’ils arrivent devant cette ferme ils mettent le feu à une charrette chargée de foin qui se trouve au milieu de la cour très près des habitations puis s’en vont immédiatement. Le grand-père (de celui qui m’explique l’histoire) arrive à pousser la charrette jusqu’au milieu de la route Nationale et finalement la ferme n’est pas touchée par ce gigantesque incendie. La charrette se consume longuement sur la route…..mais il n’y a aucun dégât pour la ferme.

Pour lire l’article sur la Résistance dans le Champsaur …….Cliquez ICI.

Pourquoi ce combat a-t-il été critiqué ?

1 / Le premier reproche a été d’avoir attaqué en un lieu si proche des habitations. Les civils ne devaient pas être mêlés à ce combat militaire. D’ailleurs 2 événements prouvent que le reproche était quelque peu justifié : en plein combat une petite fille a traversé la Nationale sans se rendre compte du danger. Et surtout le soir, les habitations ont été brûlées par représailles. Une habitante me signalait même qu’un Résistant s’était réfugiait dans une grange pour se battre ! … et de rajouter que ce combat était une improvisation totale (au départ pour libérer un prisonnier se trouvant dans la voiture de la Gestapo).

Quelle réponse donner ? C’est le seul endroit où la route entre Saint-Bonnet et Gap est assez raide pour ralentir sérieusement une voiture de l’époque. Certainement le lieu a été choisi pour cela.

2 / Le deuxième reproche est venu de la hiérarchie militaire. Après l’attaque il fallait décrocher très vite et partir. Les allemands n’auraient pas eu le temps d’appeler du renfort. Tous les militaires l’ont dit (à commencer par le colonel Sassi). Il fallait partir.

Quelle réponse donner ? Le but de ces maquisards était de délivrer un des leurs qui se trouvait dans la voiture de la Gestapo. Il ne s’agissait pas seulement d’attaquer à la mitraillette une voiture allemande qui passait par là. Ce jeune prisonnier qui partait pour Gap allait être torturé, il allait souffrir, il pouvait parler…..Ce motif a certainement inciter les Résistants à continuer le combat pour le libérer coûte que coûte. On connait la suite, derrière cette voiture, un camion de soldats allemands suivait…..c’était inattendu. Un rude combat s’est engagé, les français ont été encerclés ….ils ne pouvaient plus partir. Il fallait se battre pour se dégager.

3 / On a reproché aux chefs de cette mission d’avoir pris des hommes trop jeunes, et qui plus est, inexpérimentés. Un exemple illustre ce problème : l’attaque devait débuter à un signal précis. Or un coup de feu est parti trop tôt, tiré par un jeune peut-être un peu nerveux, avant le signal convenu. Les allemands l’ont entendu, ont pu arrêter leur véhicule avant l’endroit prévu pour l’attaque, et s’organiser pour la riposte.

Quelle réponse donner ? La réponse est malheureusement toute trouvée. La Résistance se faisait avec toute personne de bonne volonté…..y compris les jeunes. Mais attention, il ne faut pas dire n’importe quoi, en 1944 ces jeunes étaient quand même formés sur le plan militaire, et les armes étaient modernes. Il y avait déjà eu sur la région quelques parachutages conséquents d’armes automatiques.

Ces jeunes ont été courageux, quatre ont perdu la vie. Pas de critique : ils ont été courageux !

4 / Ce groupe de maquisards venant de Molines, s’était réparti en 4 groupes. Le commandement se trouvait au dessus du cimetière, à l’emplacement du grand mémorial actuel (afin de bien dominer les mouvements) , deux groupes se trouvaient en contre-bas le long de la Nationale et le 4eme groupe se trouvait à l’embranchement de la route du village du Cros. Manifestement le commandement était visible de loin, en particulier du col Bayard et des renforts allemands…..Cela n’a pas loupé, ils ont été repérés.

Je ne vois qu’une explication : au départ cela devait être une intervention rapide et cette position était intéressante pour le commandement. Malheureusement tout s’est compliqué au cours du combat. Dès les premiers coups d’armes automatiques, les allemands du col Bayard ont repérés les maquisards aux jumelles et sont arrivés rapidement.

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Laye

Belle vue aérienne de Laye. Sur la droite on repère le mémorial de la Résistance et au loin la belle vallée du Champsaur.

2 / Villard de Laye

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Villard-de-Laye.jpgCette photo a été prise à plus de 2000m. Dommage elle manque un peu de netteté.

Ce hameau fait partie de la commune de Laye et se trouve sur les hauteurs, plus à l’Ouest par rapport à la station.

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Pour lire l’article sur la station de ski de Laye Cliquez ICI

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