LES CHAMPSAURINS DES ETATS UNIS par Faure Robert

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Article réactualisé en septembre 2009

 

LES CHAMPSAURINS DES ETATS UNIS

 

         

Google signale qu’une déferlante américaine s’est jetée sur la version anglaise du blog « http://www.champsaur.net » Bizarre, à première vue, que le simple mot d’un petit village provoque autant d’intérêt.

Mais compréhensible, si l’on pense que plus de 5000  Champsaurins sont partis aux Amériques, qu’ils ont fait souche et qu’ils ont laissé dans la tête de leurs enfants et petits enfants au moins quelques bribes champsaurines qui peuvent soulever, à la moindre occasion, émoi ou curiosité.

Et ils veulent savoir, par internet interposé, ce qui se passe et ce qui s’est passé dans le pays de leurs ancêtres.

Certes, de ces 5000 purs Champsaurins qui ont quitté la vallée entre 1846 et 1933, il ne doit pas rester grand monde. Ils avaient laissé ce Champsaur et leurs parents qu’ils aimaient parce que la vie y était vraiment trop difficile.

 

Les pauvres terres n’arrivaient plus à nourrir la surpopulation de la vallée. Près de 28 % des habitants décidaient alors de partir, exilés par les exigences de la survie.

La plupart choisirent les États Unis pour tenter d’obtenir de bonnes situations en relations avec ce qu’ils savaient faire, surtout comme moutonniers, mais aussi comme laitiers, blanchisseurs, gens de maison…

Ces pionniers du Champsaur ont souvent fait souche, épousant des compatriotes, parties, elles aussi, vers le Nouveau Monde et ont, souvent aussi, fait jouer l’esprit de famille ou la solidarité pour accueillir les nouveaux venus.

Certaines mères champsaurines ont vu la quasi totalité de leurs enfants partir aux Amériques. Chez les Motte, aux Foulons, à Saint Jean Saint Nicolas, sur les six enfants, cinq sont partis aux États Unis et y sont restés.

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Carte indiquant les trois états les plus concernés ( couleur claire ) par l’immigration française. La Californie, en raison du climat bien meilleur que le climat haut-alpin, le Wyoming parce qu’il y avait beaucoup de prairies pour les moutonniers, et la Louisiane  parce qu’on y parlait français.  Cette carte indique également la ville de Gueydan qui a été fondée en 1845 par Jean Pierre Gueydan de Saint-Bonnet en Champsaur .

La plupart des émigrés champsaurins avaient choisi la Californie. Ils pensaient, au départ, devenir moutonniers. Mais certains, plus astucieux, ont trouvé un meilleur filon au pays des cow boys.

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Les Pontassons et les Champoléards avaient ouvert en Californie cette importante blanchisserie dont le directeur était Honoré Faure.

 .Si l’aventure n’a pas toujours été mirifique, certains, toutefois, réussirent très bien, comme Jean Pierre Gueydan qui avait quitté Saint Bonnet en 1845, à l’âge de 18 ans. Il parvenait à bien mener sa vie, surtout dans le commerce, achetait en Louisiane 16 000 hectares de terres et créait une petite ville qui compte aujourd’hui 1700 habitants, petite ville célèbre aux U.S.A., car c’est là qu’a lieu chaque année le festival américain du canard, quatre jours au mois d’août. Cette ville porte encore aujourd’hui le nom de Gueydan, son fondateur champsaurin.


 

C’est à Gueydan, en Louisiane, ville fondée par le Champsaurin Jean Pierre Gueydan de Saint Bonnet, qu’a lieu, chaque année, le célèbre « Festival du Canard » qui réunit joyeusement, pendant quatre jours au mois d’août quantité d’Américains et d’étrangers.

De même, dans l’Orégon, une contrée porte le nom de Vigne, le nom des premiers occupants: les Vigne des Alliberts, près de Saint Bonnet.

Il y eut d’autres aventures champsaurines: Jo Mouren-Laurens de Saint Julien qui fit fortune à Los Angeles après avoir inventé le bidon d’huile d’un litre, Melle Réallon, de Saint Jean Saint Nicolas, qui fut gouvernante chez Walt Disney, Martin Seinturier, champion de rodéo aux Etats Unis, avant de venir mourir en France pour défendre son pays, Jo Marillac d’Ancelle qui fut, en 1960, directeur des Jeux Olympiques de Squaw Valley, les.frères Bonnabel qui ont quitté Orcières les Audiberts, en 1953 pour le Montana chez leur oncle, propriétaire d’un ranch de 3000 hectares pour s’occuper de 3000 ovins. Fortune faite, ils sont revenus au pays en 1961 et ont participé activement au développement de la station d’Orcières Merlette.

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Jean Pierre Servel , sa femme et ses cinq enfants photographiés en 1888 la veille de leur départ en Louisiane .Mr Servel avait été maire du Glaizil de 1877 à 1887 . En 1888, son frère Auguste l’invite à venir travailler avec lui sur un  très grand domaine de cannes à sucre à Saint James  . Mais en arrivant là bas, Jean -Pierre se rend compte que son frère a changé et qu’il est très dur avec ses ouvriers noirs . Il  supporte mal cette attitude, les altercations se succèdent et finalement décide de revenir 3 mois après son départ dans son Champsaur Natal .( Cliché de Mr François Servel ) . Vous pouvez lire l’histoire de cette famille en détail , écrite par Mr François Servel (descendant direct) , en cliquant ICI .


Mais il y eut aussi des drames: l’aîné des Seillon, venu de Molines, assassiné dans la prairie pour n’avoir pas compris un avertissement, faute de connaître la langue. Joseph Allemand de Saint Bonnet et Joseph Lagier de Chabottes, abattus par des gardiens de vaches parce que leur troupeau de moutons passait sur le terrain des cow-boys…

Heureusement, beaucoup de Champsaurins ont pu mener une vie des plus normales aux Etats Unis et restent en relations avec leur parentèle.

Dans la famille de mon père, sur 7 enfants, 4 ont émigré. J’ai maintenant, comme la plupart des familles champsaurines, beaucoup de cousins aux Amériques, en Californie et au Brésil. On s’écrit, on se voit parfois.

Certes des liens ont pu être coupés.

Mais, pour beaucoup d’Américains d’origine champsaurine, il reste une attache héréditaire qui remonte dans les esprits et qui les pousse, de plus en plus, à pianoter sur internet: ils veulent retrouver leurs racines.

N. B. Pour plus d’informations, lire « L’encyclopédie du Champsaur » de la page 69 à la page 74.

Réunion de Champsaurins dans une ferme de Californie près de Los Angeles. Ils posent pour la photo traditionnelle à envoyer à la famille. Plus de la moitié des terrains qui forment aujourd’hui Hollywood appartenaient auparavant à des Champsaurins qui les ont vendus, fort cher, aux magnats du cinéma.

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 Quand un moutonnier des Amériques revenait en pays champsaurin, pour prouver qu’il avait réussi, il mettait son beau chapeau, il louait belle voiture, chauffeur de classe, filles sublimes, et il paradait…comme ici sur les routes caillouteuses de Saint Jean Saint Nicolas.

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 Certains Champsaurins sont revenus dans leur vallée pour « être enterrés dans le Champsaur ». Antoine Chaix, par exemple, le bienfaiteur de la commune de La Fare, qui fit fortune aux Amériques, a fait construire à Notre Dame de Boisvert une chapelle funéraire dont un vitrail le représente entouré de deux indiens. Mais un sort bien différent était réservé à beaucoup d’autres Champsaurins modestes qui ont fini dans des cimetières américains, enterrés dans des rangées réservées aux moutonniers, leurs noms champsaurins étant surmontés d’une tête d’agneau en tôle repoussée.

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3 comments

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  3. Christian Faure

    Bonsoir
    Je ne connaissais pas ce magnifique site que je découvre avec passion.
    Ma famille est originaire de Saint Michel de Chaillol. Je suis en train de travailler sur notre arbre généalogique et manifestement nous venons de Saint Jean Saint Nicolas.
    Concernant les champsaurins en Amérique, trois de mes grandes tantes étaient parties en Californie autour de 1905. Nous avons gardé le contact avec les descendants, (3eme génération) et sommes allés les voir au mois de Mai de cette année. Certains devraient venir en 2017. Bien sûr à chacune de leur venues, nous ne manquons pas d’aller à Chaillol.
    Je vous souhaite une excellente soirée et encore merci pour ce site. J’y reviendrai souvent.

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