Paul Héraud

Paul Héraud : chef  de la Résistance dans le Champsaur
   Paul-Heraud-copie-1.jpg
Un homme exceptionnel ….
(1906 – 1944 )
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 Il est né lé le 25 mai 1906 à Saint Victor La Coste dans le Gard.
Aîné d’une famille de 5 enfants, son père était menuisier à Gap depuis 1915. Le jeune Paul a fait son école communale à Gap (place de Verdun) et a obtenu à 15 ans son Brevet Elémentaire. Ensuite il fait des études de comptabilité qui lui seront bien utile en l939 lorsqu’il reprend l’entreprise familiale comme chaisier-menuisier  à Gap.
C’est l’époque où il fait beaucoup d’Alpinisme avec des ascensions parmi les plus difficiles. C’est également l’époque où il se révèle avoir une très forte personnalité. Duchamblo (historien le plus connu de la Résistance) signale  » qu’il était apprécié et aimé de tous pour sa Charité (sic) et son courage ». Dès le début de la guerre il fait son service militaire et il a le grade de Sergent. Il assure le commandement d’un groupe du Génie au col du Lautaret.
En 1941 il a du mal à comprendre l’attitude des français et le dit ouvertement  » La France est envahie, la liberté se meurt, ….. on ne peut pas rester ainsi, il faut faire quelque chose ». Il étudie l’art de la guerre de façon approfondie, prône déjà la Résistance. Première surprise en 1941 il rentre en contact avec le général Cyvoct basé à Gap. Pour qu’un si haut gradé reçoive un sergent souligne la personnalité originale et la force de persuasion de Paul héraud. Il parle d’armée clandestine, de Résistance,  et le Général est d’accord. Mais ce dernier est muté et le projet échoue.
 
En 1941 il entre en contact avec le groupe « Combat «  qui a été fondé sur le plan national en mars 1941 par Henri Fresnay. Pascal, le responsable local, lui donne la responsabilité du groupe des Hautes-Alpes avec Etienne Moreaud.
 
Début 1943, les organisations Combat, Libération et Franc-Tireur fusionnent dans ce qui devient les Mouvements unis de la Résistance (MUR). Paul Héraud va alors s’occuper de l’organisation de ce Mouvement dans le département avec le commandant Ricard (Daviron).
Tous les deux ( Paul Hérauld qui devient le commandant Dumont et le colonel Daviron) organisent le département en secteurs de Résistance, chaque secteur ayant son chef et son maquis. Ils créent une école des cadres et la mise en place de formation pour les maquisards.
 Tous les deux sont  la clé de voûte de toute la Résistance du Champsaur et même plus largement des Hautes-Alpes.
 

En 1943, son action est considérable…

 
Paul Héraud surtout en fin 1943, organise dans le cadre de ses responsabilités des sabotages d’usines, traque les collaborateurs et les miliciens, assure le lien entre les différents groupes, repère les terrains qui peuvent servir aux parachutages par les Alliés, forme des groupes pour la récupération du matériel. Son activité de sabotage s’étend jusqu’à Marseille et Gardanne. En effet il aide aussi les Résistants du secteur R2 en lien avec le colonel Bayard.
On apprend par ailleurs, concernant son quotidien……..
– Que Paul Héraud était en contact avec le Maquis de Champoléon (à priori surtout les Tourronds) de façon régulière. Ce maquis était composé de gens d’horizons très différents : militaires qui avaient retrouvées leur liberté en 1942 (je pense à Paul Marie Radius, à Pierre Poutrain, à Rouxel….) de réfractaires au STO (je pense à des jeunes comme Ange Grimaldi, à Henri Reynereau…..), de Juifs (Jacques Lévy responsable quelques années plus tard des cafés Maurice à Toulon) d’alsaciens voulant éviter d’être enrôlés de force dans l’armée allemande.
– D’ailleurs le sous-lieutenant Vollaire (maquisard de Champoléon) deviendra l’adjoint de Paul Héraud. Or Vollaire formait les jeunes de Champoléon à l’art militaire et à la manipulation des armes.
– on apprend aussi (de nombreux documents en parlent) que le colonel Daviron allait régulièrement lui aussi à Champoléon. D’ailleurs le 11 novembre 1943 il sera avec les jeunes pour fêter l’armistice de 14-18, sans savoir que le lendemain le camp des Tourrons, des Méollions, les Borels et la cure du Père Poutrain à Saint Jean seraient attaqués très violemment (12 et 13 novembre 43). Le camp des Garnaud qui faisait aussi partie de Champoléon a été épargné.
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La confirmation d’un internaute.

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. »Paul Héraud et le colonel Daviron dirigeait la Résistance. Les lieux de réunions et de réflexion préparatoire se trouvaient à Château Montmaur dans le Dévoluy et au château de St Léger (Champsaur) où des intellectuels se réunissaient depuis 1935″
Chateau-de-Saint-Leger-les-Melezes--2-.jpg
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Un exemple : le combat de Laye, le 17/07/1944. Accrochage violent entre Maquisards et Allemands. 
La manoeuvre a été organisée par Paul Héraud et c’est  la Trentaine d’Elisée Ebrard qui va la réaliser… avec l’aval bien-sûr de Drouot Lhermine qui était en juillet 1944 chef de tous les FFI. C’est dans ce genre d’action que l’on comprend la complexité de la hiérarchie, des ordres, et de son exécution. D’ailleurs on apprend au fil des lectures que les Maquisards de Champoléon y ont participé (avec la mort de Henri Parmentier, alsaciens), que les scouts du groupe de Saint Léger également (avec la mort du jeune Para)…….
Voici les faits : les résistants apprennent qu’un des leurs a été arrêté à St Bonnet et que la voiture de la Gestapo, à l’intérieure de laquelle il se trouve, va passer à Laye juste avant le col Bayard et la descente sur Gap.
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Les maquisards se mettent en embuscade le long de la route, des 2 côtés, proches des « Roberts ». Il s’agissait donc au départ d’une « mission commando », éclair, pour libérer un prisonnier ….. Mais en quelques secondes tout va basculer. Un jeune combattant tire trop tôt et sans ordre. Les allemands ayant entendu le coup partir, font preuve d’expérience et peuvent éviter le pire, se mettent en position et ripostent. Mais plus grave : les maquisards ne savaient pas qu’un camion rempli de soldats suivait juste derrière.

 

Jean resistance 2

 

Le combat s’engage durement. Les français auraient dû décrocher rapidement. Paul Héraud qui était partisan des attaques « éclairs », fulmina plusieurs jours contre cet acharnement au combat, et déplora amèrement les morts. Jean Sassi, en 2008, avec sa façon très militaire de s’exprimer, raconte (toujours de façon polémique et parfois injustement selon d’anciens combattants) dans son livre: «  Au combat, c’était n’importe quoi. Pour une guérilla, c’est l’embuscade qui prime……..on se positionne dans l’attente du convoi ou de la patrouille. Au coup de sifflet, on crache. Dix minutes maximum, puis on décroche vers le point de ralliement, en sprintant……surtout avec les allemands rompus à la contre-guérilla.... ».

Mais là, à Laye, les choses ne se passent pas comme ça…….. Les deux camps vont chercher des renforts et les combats s’intensifient. Anecdote (qui aurait pu être très grave ) : une fillette traversa la route en plein milieu de la fusillade complètement inconsciente de ce qui se passait. Elle pût malgré tout renseigner les maquisards sur les positions allemandes !Les combats durèrent jusqu’à la tombée de la nuit ……tardivement en Juillet. Dépités par cette attaque les allemands brûlèrent les maisons avoisinantes ….Les maquisards apprirent au retour de cette mission plus ou moins ratée, que la voiture de la Gestapo (la même) avait abattu froidement, 20 minutes plus tôt, un Champsaurin dénommé Paulin Faure, au niveau des « Barraques  » près de Saint Bonnet. En effet, voulant aider une personne agée qui devait se rendre à Gap, Paulin avait fait signe à cette voiture banale pour qu’elle s’arrête. Il ne savait pas qu’il s’agissait en fait de la Gestapo. Afin de dégager la route ou peut-être par peur d’une embuscade, ils tuèrent cet homme froidement.
Les conséquences :

Il y eut quatre morts côté français et de nombreux blessés.
Panzini Roger.
Para Amédé ( issu du scoutisme ).Voilà comment cela se passa : il voulut informer des résistants qui se trouvaient un plus loin, qu’une manoeuvre allait se faire. L’information était importante .Sa dernière parole fut :  » ce sera ma BA de la journée ». Il n’avait pas fait quelques mètres qu’il fut abattu d’une raffale de mitraillette.
Parmentier Maurice ( un des jeunes accueilli clandestinement par le Père Poutrain )
Vallon Henri.
 
 
 
La fin tragique de Paul Héraud

Son rayonnement, son charisme, son autorité (lui le petit chaisier de Gap) semble avoir été plus grand que celui du commandant Daviron.

Le 8 Août 1944, une grande réunion clandestine a lieu entre La Bâtie-Neuve et La Rochette avec tous les responsables militaires (+Maquis) et les Alliés pour préparer la Libération de Gap. Paul Héraud présente son plan d’attaque avec tant de clarté et de brillo devant tout ces militaires (Colonel Drouot Lhermine, commandant Daviron, Edmond Pascal président du CDL futur Préfet de la Région, Etienne Moreaud surnommé Dumas, Robert Bidault futur maire de Gap, le commandant Dufour chef des FTP, le capitaine Oherne, et bien-sûr le responsable de la mission interalliée le colonel Cammaerts surnommé major Roger ……) avec un tel brillo disais-je, qu’il en laisse pantois tout le monde. Son plan, après avoir été transmis aux américains, est adopté, et fonctionnera très bien le 20 Août 1944 lors de la Libération de Gap par le Maquis.
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Mais voilà ……..
Sa fin tragique survient le 9 Août 1944 (le lendemain de cette grande réunion préparatoire) près du Logis Neuf de Tallard juste avant la Libération. Ce 9 Août il apprend que Baret vient d’être arrêté. Il est inquiet pour la bonne réalisation de son plan mais rappelle à Mme Moreaud « dite à Etienne (son mari) de maintenir tout le plan quoi qu’il arrive… ». Il monte sur une grosse moto avec le gendarme Meyere en direction de Savournon. Un internaute me signale qu’il avait sur lui une grosse somme d’argent mais Tichard Duchamblo n’en parle pas. Au logis Neuf de Tallard huit camions allemands sont en arrêt et font barrage.
Je cite Duchamblo pour ne pas trahir ce moment précis. On lui demande  » Papiers …..Un homme portant uniforme allemands mais parlant français, demande qu’on fouille Paul Héraud. Celui-ci bouscule le soldat et s’échappe salué par des balles. Le gendarme Meyere est tué sur le champ. La fusillade se prolonge. Il semble qu’une fois de plus Paul Héraud ait échappé à la mort. Mais 500m plus loin,……trois allemands armés de fusils-mitrailleurs, cachés comme chasseurs à l’affût, atteignent Paul Héraud. Un menhir marque l’endroit de sa mort.
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 Sur la stèle, cette inscription « Dur comme le roc, pur comme la glace, ici le commandant Dumont a trouvé la mort ! » (Duchamblo)
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J’ai reçu un commentaire intéressant de M. Georges Baudel (fils du capitaine Conan) . Le voici :
« ………il y avait comme une aura mystérieuse sur les circonstances de la mort de Paul Heraud.
Personne ne savait ce qu’il allait faire dans cet endroit, pourquoi les allemands étaient précisément là avec les mitrailleuses en batterie et surtout pourquoi avoir abandonné le gendarme Meyere en s’enfuyant si promptement. En fait, ils sont simplement tombés sur le convoi qui faisait la navette ordinaire Digne-Gap. Le dernier camion de ce convoi avait crevé un pneu et la procédure allemande dans ce cas, était de préparer les défenses. La moto de Meyer est arrivée une demi-heure après sans se méfier. Comme les allemands voulaient fouiller les 2 hommes, ils auraient forcément trouvé les 100 000 Francs. Donc, Héraud a du tenter le tout pour le tout en s’enfuyant.
Le témoin déclare que le Négus est revenu avec son revolver déchargé vers le convoi (Négus était un membre de la Gestapo française de Gap).
Le témoignage que j’ai récupéré est la photo d’un rapport officiel qui se trouve dans les archives départementales de Gap (archives Colonel Lebeau). (Georges Baudel)
 
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La question à ne pas poser …..
 
Comment les circonstances d’une telle mort sont-elles possibles ?  Les Allemands se trouvaient-ils là par hasard ?
Le lendemain de cette réunion majeure du 8 Août 1944, où participaient plusieurs colonels, un futur préfet, un futur maire, des représentants des Alliés, durant laquelle il a fait un exposé lumineux sur la façon de faire tomber Gap……..le lendemain il se fait arrêter sur une petite départementale totalement improbable et que personne n’utilise, un barrage allemand est en place, des soldats allemands sont postés à distance au cas où il s’échapperait…..hasard ? Je crois qu’on peut se poser des questions.
La question : ce petit chaisier qui avait une telle aura,  n’est-il pas devenu gênant ? Une fois que tout était en place, n’a-t-il pas été trahi ?
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Commémorations sur la tombe de Paul Héraud.
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Restauration en 2014 de la Stèle de Paul Héraud par les jeunes du Lycée portant son nom à Gap.         
 
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Lieu où il a été abattu.
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En mai 2014, 18 jeunes du Lycée Paul Héraud de Gap ont entrepris la restauration de la stèle de ce grand Résistant et ont pu en quelques jours, sous la houlette de leurs professeurs ( dont M. Michel Carcasson professeur de technologie qui répond sur cette vidéo au journaliste d’ICI TV), redonné un bel aspect à ce lieu. L’inauguration a eu lieu le 13 juin 2014 en présence d’anciens Résistants. Pour voir cette vidéo cliquez au centre de l’image ou cliquez ICI 
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    Lycée Paul Héraud à Gap (photo trouvée sur le site officiel)
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-1 / Résistance dans le Champsaur de 1939 à 1944 :     Cliquez ICI.
-2 / L’action du Lieutenant Colonel Drouot l’Hermine à partir de juillet 1944 Cliquez ICI.
-3 / Le débarquement de Provence et la remontée des troupes alliées. Cliquez ICI  .
-4 / Champsaurins morts pour la France (noms et circonstances)   Cliquez ICI.
-5 / Paul Héraud : chef de la Résistance dans le Champsaur.  Cliquez ICI .
-6 / Pierre Poutrain  : un Résistant exceptionnel….fusillé le 19 juin 1944 : Cliquez ICI  .
-7/ Paul-Marie Radius : Saint-Cyrien, Grand Résistant…..fusillé le 10 juillet 44 à 24 ans. Cliquez ICI .
-8 / Histoire d’une famille juive dans le Champsaur  cliquez ICI 
-9/ Léon Michel : ancien résistant passé à la Gestapo. Une histoire sidérante.  Cliquez ICI.
-10 / Ange Zanotti : résistant dans le Champsaur. Lettre de sa famille Cliquez ICI .
11/Aimé Roux : résistant dans Champsaur, mort en Indochine Cliquez ICI.
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