Résistance dans le Champsaur de 1939 à 1943

 

Résistance dans le Champsaur de 1939 à 1943

Nous allons retracer dans ce chapitre les grandes étapes de la mise en place de la Résistance 39-45 dans les Hautes-Alpes et plus précisément dans le Champsaur. Certes la région a vécu au rythme des événements nationaux mais avec quelques particularités. Qui sait aujourd’hui que les Alpes ont été occupées jusqu’en septembre 1943 par les Italiens et non par les Allemands?

Oui bien-sûr à Gap on s’en souvient, dans la région PACA peut-être…ailleurs ce n’est pas certain

Un petit rappel d’histoire 

Le 24 juin 1940 : La France capitule et l’armistice est signée avec les Allemands. Lors des négociations, les Italiens revendiquent l’occupation d’un territoire très étendu allant jusqu’au Rhône et demande l’annexion de Nice, de la Corse et de la Savoie… Hitler refuse les prétentions énormes de Mussolini alors qu’il n’a gagné aucune bataille dans les Alpes.

 

 

Carte-occupation-italiens.JPG

 

Fin juin 1940 :  les Italiens vont donc occuper une zone frontalière de 800 km² qui touche partiellement quatre départements, à savoir les Alpes Maritimes, les Basses Alpes, les Hautes-Alpes, la Savoie. Ils s’installent à Gap et n’en repartiront qu’en septembre 1943 sur demande expresse d’Hitler qui alors voudra occuper toute la France. Il pressent depuis le 11 novembre 1942, jour du débarquement en Afrique du Nord des Alliés, qu’un débarquement pourrait avoir lieu dans le Sud de la France.

Angel Amar (ancien Résistant) précisait au cours d’une conférence que les militaires de Gap prévenus de l’arrivée des Italiens en juin 1940, avaient vidé les casernes et soigneusement caché les armes. Lui-même, en octobre 1942, rejoindra comme beaucoup du 159eme RIA le maquis de Champoléon. Il sera responsable de la logistique des Borels.

Le Champsaur a donc un statut très particulier : il est à partir de juin 1940 sous occupation italienne. Avec les Italiens, les choses se passent bien. Ils sont bienveillants, peu regardants et Duchamblo (le grand historien de cette Résistance) utilise même le terme de « débonnaires ». Très corrects, ils ferment les yeux sur de nombreuses choses. Certes pendant trois ans la région manque de tout mais n’a pas à se plaindre ni de violences ni de bombardements. D’ailleurs lorsqu’en Août 1944, Gap est libéré, certains Italiens reviendront en France, sur initiative personnelle bien-sûr, pour se battre aux côtés des Français et lutter contre les nazis. J’ai également lu (journal de Paul Ducatez) qu’à leur départ beaucoup d’armes avaient été laissées sur place, soit par négligence soit pour aider les français !

Donc en 1940, la population n’est pas vraiment remontée, dans le Champsaur, contre l’occupant italien.

 

Début de Résistance en 1941

 

En 1941, le groupe de Saint Léger les Mélèzes commence à faire parler de lui.

  Ce groupe s’était constitué en 1935 ( je dis bien 1935)  à Saint léger les mélèzes dans une propriété appartenant à Marcel Arnaud, hôtelier à Gap, pour réfléchir aux questions politiques du moment, réfléchir également à l’idée d’un retour à la terre en fondant des fermes coopératives. Le commandant Mauduit futur responsable du groupe de Résistant « La chaîne » du Château Montmaur (mort au retour de la déportation) participait à ce groupe. Ce groupe était sous la houlette de l’abbé Péretti, l’abbé Justin Verney, l’abbé Paul Chevalier. Le Père de Lubac (jésuite, théologien, devenu Cardinal) a participé à plusieurs reprises à ces réunions.

Ce groupe d’intellectuels va être dans les années qui suivent (1942, 1943, 1944) le centre névralgique et intellectuel de toute la Résistance et de son organisation (nous y reviendrons plus tard). Un deuxième groupe, issu d’ailleurs de St Léger, verra le jour à Château Montmaur (près de Veynes) grâce au commandant Mauduit.

M. Paul Motte m’écrit très clairement « le siège de réflexion préparatoire de toute la Résistance était au St Léger les Mélèzes où des intellectuels se réunissaient depuis 1935″

Mais la base ne suit pas….. Dans la région en 1941, rien ne pousse vraiment la population à se soulever ou à résister.

 

Le grand virage de Juin 1941

 

Le 10 juin 1941, se produit un événement majeur : l’URSS est attaquée par les Allemands malgré un pacte de non agression.

En début de guerre les communistes français étaient assez réservés quant à la Résistance. L’Allemagne avait en effet signé un pacte non agression à l’égard de leurs camarades communistes d’URSS. Ils attendent et demandent à voir. Mais en juin 1941 tout change pour eux. Les communistes Russes sont attaqués par Hitler. Les communistes français rentrent massivement dans la Résistance. Le 22 Juin 1941, le journal clandestin « L’humanité » appelle à la « lutte sans merci contre l’occupant et les collaborateurs ».

Le Champsaur suit le mouvement. La Résistance commence à s’organiser sous l’impulsion des communistes de la vallée….. tout doucement.

La Résistance s’organise sous forme de trentaine

Dans les Hautes-Alpes elle a pris une forme particulière à savoir des groupes de 30 hommes, appelés des « Trentaines ». Il y en aura plusieurs, formées soit selon les affinités politiques (les communistes seront affiliés aux FTP), soit par secteurs géographiques (un même village par exemple), ou encore par connaissance et amitié. En tout cas ces Trentaines étaient formées de sédentaires, c’est à dire des gens du lieu, à la différence des militaires, des réfractaires au STO (surtout en 1943), des Juifs, des alsaciens…..qui arriveront surtout en 1942 et 1943 en provenance d’autres régions pour fuir les allemands et qui intègreront plutôt le Maquis.

Voici quelques noms :

La Trentaine Piot de Molines ( à priori FTP, communistes)

la Trentaine d’Elisée Ebrard de St Laurent du Cros. C’est cette Trentaine qui s’accrochera très durement avec les Allemands à Laye en 1944. Nous aborderons plus loin ce combat qui a été critiqué autant par les autres Résistants que par les gens du village ou du secteur. Les choses avaient été mal organisées et 4 morts seront à déplorer.

la Trentaine Roux-Mourenas de Saint Firmin.  Le parcours de René Mourenas est décrit plus loin.

la Trentaine de Saint Léger (chef Ariey)

la Trentaine de Jean Jourdan à Chauffayer (instituteur révoqué par Vichy)

la Trentaine de  M. Gras à Chauffayer (instituteur également)

la Trentaine d’Ancelle. Un internaute me signale que le chef de cette trentaine était Louis Boisrame qui fut tué le jour de la libération de Gap à savoir le 20 Août 1944. Grièvement blessé, il est mort quelques heures plus tard. (voir plus loin)

et bien d’autres………

 

 

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Trentaine Piot

La trentaine Piot de Molines en Champsaur était plutôt d’obédience communiste. La photo a été prise au dessus de Molines, à la Londonière. Au premier plan sur la gauche Emile Piot. Rien de mieux que de se retrouver en altitude dans les alpages pour parler de Résistance.

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Des trentaines mais également des chefs

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En 1941, déjà quelques grands noms de la Résistance  dans le Champsaur apparaissent dans les écrits de références : ainsi on apprend qu’en 1941 Paul Héraud, futur chef de la Résistance, entre en contact avec le général Cyvoct à Gap et avec le groupe « combat » au niveau national, le commandant Mauduit participe dès 1939 aux réunions de Saint Léger et fonde le groupe « La Chaine » en 1941, Pierre et Louis Poutrain sont à l’oeuvre (à partir de 1941), Marcel Dufour (chef des FTP) est cité dès 1941…Donc les futures têtes pensantes de la Résistance sont déjà là en 1941 et sont signalées dans les écrits.  Ils remuent ciel et terre sans résultat palpable. Le Champsaur n’est pas encore prêt au combat. Cela ne va pas tarder sous l’effet d’événements convergents.

La résistance de janvier 1942 à septembre 1943

La Résistance devient plus forte.

En résumé :

 

  • Les Italiens occupent toujours la région du Champsaur.
  • Les allemands n’arriveront dans la région qu’en septembre 1943.
  • La Résistance française s’étoffe et s’organise pour plusieurs raisons :

 

1 /Comme nous venons de le voir les communistes rentrent massivement dans la Résistance après la rupture du pacte de «non agression» des Allemands face à l’URSS

2/ Depuis le débarquement des Alliés en Afrique du Nord (1942), les allemands ont démobilisé les militaires français. Les casernes ferment. Les militaires en grand nombre rejoignent le maquis ……avec leur savoir faire. C’est ainsi que l’on voit débarquer en 1942 surtout à Champoléon le lieutenant Paul Marie Radius (chef régional de l’ORA), son ami le lieutenant Rouxel, le sous lieutenant Vollaire (qui deviendra le bras droit de Paul Héraud pour la formation des jeunes), le sergent Aimée Roux (qui appartiendra à la Trentaine PIOT), probablement le capitaine Henri Baudel (qui supervisera dans bien des domaines Champoléon, et qui éditera la Revue « Maquisard »), le colonel Daviron et bien d’autres…

3 / Mais c’est à priori l’institution du «Service du Travail obligatoire » en 1943 qui a fourni le plus grand nombre de jeunes résistants aux FFI du Champsaur. Ces jeunes rejoignent surtout le maquis de Champoléon (centre le plus important du Champsaur)  mais également de Chauffayer, St Firmin, Laye, St Bonnet, La Fare…..

4/ On peut également citer, les jeunes Alsaciens refusant d’intégrer l’armée allemande et qui rejoignent la Résistance. Ce fut le cas à Champoléon pour 20 d’entre eux. Certains ont appris plus tard que leur famille en Alsace avait été déportée suite à leur désertion ! On se rend compte que les Allemands ne laissaient rien au hasard. Cette information peut faire réfléchir: entrer dans la résistance c’était une chose, engager sa famille en était une autre …

5/ La Résistance se renforce également grâce à la population Champsaurine qui s’organise en « Trentaines ». On retrouve des instituteurs, des médecins, des agriculteurs, de jeunes juifs, ……toute la population est représentée. Les Italiens sont bien gentils mais n’ont rien à faire dans la région. Les consciences se réveillent.

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Trentaines et Maquis du Champsaur, un essor difficile

…entre 1942 et 1943

 

Les Trentaines

Elles sont composées de Champsaurins et largement coordonnées par Duserre Telmon

Non seulement elles ont des difficultés de mise en route (1942-1943), de recrutement, mais également de hiérarchie car bien que faisant partie d’une mouvance nationale telle que les FTP (partisans et Francs tireurs communistes), du groupe Combat, du MUR (qui viendra un peu plus tard) , de l’ORA, de l’AS (plutôt militaire), elles seront quand même soumises dans le Champsaur à une seule direction bicéphale : Paul Héraud et le colonel Daviron. On comprend mieux la survenue de dissensions car les directives nationales du partie communiste (FTP) par exemple n’étaient peut-être pas toujours celles de la direction champsaurine !

Ces trentaines seront épaulées à partir de 1942 par les militaires libérés de leurs obligations militaires qui arriveront avec leur savoir-faire. Les connections s’établissent entre Maquis et Trentaines. Le colonel Daviron (surnommé Ricard) chef de toute la Résistance et Paul Héraud iront de groupe en groupe dans toute la vallée pour superviser toute cette hiérarchie complexe. Paul Héraud (qui faisait partie des Francs tireurs en 1943) organisera plusieurs opérations de sabotage (voir le chapitre sur l’itinéraire de Paul Héraud). Plus tard il deviendra chef d’état major des FFI des Hautes Alpes, le Champsaur n’étant qu’une partie de ses responsabilités.

Les Maquis : Bien que relevant parfois des même mouvances que les Trentaines, le Maquis sera composé d’hommes venus de l’extérieur de la région. On y retrouvera des soldats libérés de leurs obligations militaires en 1942, des Alsaciens qui refusent d’être incorporés dans l’armée Allemande, des jeunes qui refusent d’intégrer les «Service du Travail Obligatoire», de Juifs, d’hommes qui fuient les Allemands pour une raison ou une autre.

La plus grosse concentration de camps de Maquisards se trouvait dans la petite vallée de Champoléon (dans le Haut-Champsaur) où on retrouvait le groupe des Garnauds, des Méollions, des Tourronds, des Borels. Toute la population de la vallée était solidaire autour d’eux.

Chacun de ces camps avait à leur tête des militaires surtout à partir de 1942. Le capitaine Conan (Henri Baudel) était en lien direct avec le colonel Daviron et assuré le commandement de l’ensemble des camps de Champoléon, aidé par Angel Amar (issu du 159eme RIA de Gap).

Le lieutenant Radius (Saint Cyrien, membre de l’ORA puis de l’AS) supervisait tout et stationnait de façon habituelle aux Méollions avec le lieutenant Rouxel. Pierre Poutrain (le frère de Louis, le curé de St Jean) dirigeait les Garnauds. Le curé des Borels (l’abbé Robin) s’occupait de la logistique (plaque tournante de tout le matériel). Ces camps avaient la visite régulière du colonel Daviron responsable de tout le Champsaur, du capitaine Henri Baudel (surnommé capitaine Conan), du colonel Sapin (Duchamblo parle mystérieusement « du lointain » colonel Sapin), le colonel Descours, d’Ange Amar et de bien d’autres.

     

vallée de Champoléon

La vallée de Champoléon

Elle était truffée de Maquisards. Vu le lieu (il s’agit d’un cul de sac) avec ses hautes montagnes, on comprend le choix des maquisards. En septembre 1943, les Allemands les attaqueront jusque dans la montagne. Mais tous arriveront à s’échapper ! Un seul camp sera épargné : les Garnauds (dirigé par Pierre Poutrain).

 

 

Une population acquise à la Résistance

Les spécialistes affirment que le Champsaur a été un lieu de Résistance vigoureux. Or il n’y a pas de Maquis valable sans qu’il ne soit soutenu par une population favorable.

Il faut comprendre que les Champsaurins étaient regardants et méfiants à l’égard de tous ces jeunes inconnus qui circulaient dans la vallée en ces temps difficiles. Étaient-ils des collabos, des mouchards, des fuyards, des Résistants, des STO…? L’époque était dangereuse et ils ne donnaient pas facilement leur confiance. Le silence était de mise à l’égard de tous ces inconnus. Mais ensuite, lorsque la personne était bien repéré et adoptée alors les cœurs étaient ouverts et les langues se déliaient. Pierre Poutrain en fut témoin. Responsable du Maquis des Garnauds dans la vallée de Champoléon, il était aussi responsable de l’approvisionnement. Les débuts ont été difficiles pour lui mais ensuite tout le monde lui ouvrait sa porte très volontiers et l’aidait. Tous ces jeunes qui étaient dans la montagne de Champoléon, arrivaient à s’approvisionner grâce à l’aide des paysans qui d’ailleurs en profitaient pour les informer de toutes les nouvelles concernant les Allemands.

Certaines familles champsaurines sont allés jusqu’à accueillir des jeunes en difficulté, des juifs, des réfractaires au STO, des Alsaciens, des jeunes recherchés pour un déli…et ce n’était pas sans risque ! A Chauffayer par exemple deux familles juives ont été cachées par Jean Jourdan, instituteur révoqué par Vichy : ces deux familles ont été sauvées. La famille de Marcel Rodrigue (également juive) a vécu une véritable errance dans la vallée de Champoléon mais jamais abandonnée par la population (trahie une fois auprès des Allemands suite à une bévue consternante : voir plus loin leur témoignage). Autres exemples, la famille d’Aimée Roux à Poligny a accueilli de nombreux jeunes car leur ferme était isolée au pied du Mont Moutet, le père Louis Poutrain (curé du village de St Jean et frère de Pierre Poutrain) a accueilli jusqu’à 20 jeunes. Il a été arrêté par les Allemands le 13 novembre 1943 et déporté. Nous pouvons citer aussi l’abbé Robin des Borels qui en a fait tout autant et qui a aidé les filières de recrutement de la Résistance.

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Cette photo a été prise par la famille Roux à Poligny alors que les jeunes étaient accueillis chez eux. Mme Claudette Roux-Laurent (descendante de cette famille) m’a signalé par ailleurs que son Père était rentré dans la Trentaine Piot bien que non communiste. Une famille donc bien engagée.

Pour lire le parcours  d’Aimée Roux Cliquez ICI.

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Les filières de recrutement dans la Résistance :

Pour les Trentaines évidemment tout se passait par connaissance, par amitié, par affinité politique, de village en village. Les choses étaient discrètes et se faisaient en toute confiance.

Pour le Maquis on peut parler de filières et de prudence extrême. Je vous livre un témoignage intéressant car typique concernant Ange Zanotti et son beau frère Henri Reynereau. Je l’ai reçu de la part de son fils : « Mon père et mon oncle ont rejoint le maquis du Champsaur en Juin 1943. Ils étaient domiciliés tous deux à Draguignan dans le Var. Quand ils ont reçu la lettre de route du STO pour aller travailler en Allemagne, ne voulant pas être enrôlés de force, ils ont décidé de prendre le maquis. Ne sachant absolument pas comment faire, discrètement dans leur  entourage,  ont leurs a conseillé de s’adresser à un monsieur X  installé comme artisan boucher dans la ville.

Ils sont allés le voir tous les deux à la tombée de la nuit dans la plus grande discrétion car tout le monde doutait de tous.  Ce boucher de Draguignan a d’abord tout nié, et ce n’est que quelques jours plus tard qu’il les a recontactés, après surement s’être renseigné sur eux et sur le maquis. Il leurs a dit qu’ils devaient se rendre à GAP par leurs propres moyens, et là-bas se rendre dans un bar sur la place principale où après un échange de mots de passe, on leurs a dit de ce cacher pour la nuit, et le lendemain une personne et venu pour les conduire vers un groupe dans les montagnes alentours, voila comment ils se sont retrouvés dans le Champsaur . Mais le voyage n’était pas terminé.».

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Vallée de Champoléon

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Voici la suite. Partis de Draguignan, les 2 compères arrivent dans les Alpes.

«Ange Zanotti et Henri Reynereau ont quelques difficultés a trouvé le camp de Méouillon. Depuis 3 jours ils rodent dans la région sans trouver. Toutefois à leur entrée dans la vallée de Champoléon tous les deux ont été repérés et signalés. Madame Bernard des Borels (village principal) est prévenue ….attention deux jeunes arrivent.

Ils arrivent enfin un soir chez l’abbé Robin, curé des Borels et lui demandent l’hospitalité ainsi que la route de Meouillon. L’abbé Robin prend de haut la nouvelle d’un camp à Méouillon. Mais comme il est tard il leurs indique une ferme où ils peuvent être hébergés. Le lendemain matin, il les reçoit les questionne et en cachette prévient Méouillon. Différentes personnes interrogent  à leur tour ces 2 jeunes. Sont-ils des Résistants ou des mouchards ? Ce qui inquiète le curé c’est qu’ils arrivent d’une filiaire inconnue. Finalement après deux jours de pourpalers pendant lesquels ils sont consignés, on leurs présente enfin le lieutenant Rouxel et le lieutenant Vollaire. Ensuite les nouveaux venus sont vêtus, chaussés, récupèrent un sac à dos……La cure se révèle alors un magasin d’habillement fort complet « .

Ce que nos deux jeunes ne savent pas, c’est que sous le plancher se trouvent 107 fusils. Lorsque les allemands quelques mois plus tard feront une descente musclée dans ce presbytère…..ils ne trouveront rien.

Les-Borels-champoleon

L’église des Borels où les 2 jeunes ont été accueillis avant de monter dans le camp de Méouillon.

Mais l’épreuve n’est pas terminée pour nos 2 compères : « C’est à la nuit tombante seulement qu’ils montent aux chalets de Méouillon. Zanotti et Reynereau ont noté l’impression pénible de cette montée dans l’obscurité et cette arrivée à Méouillon. L’aspect de Méouillon est sinistre de nuit. » 

Toute une mise en scène est en place pour tester ces 2 jeunes. Voici leur témoignage :

« Nous contournons les chalets. L’entrée est là ! Dans une salle basse, mal éclairée par une bougie, des hommes se tiennent autour d’un poêle-cuisinière. C’est lugubre. L’un d’eux a la tête et les bras entourés de pansements : il geint. Les présentations sont faites. C’est un sergent d’active Toto (Desprez)…puis on leurs présente un être hirsute, en traillis, un tôlard … Mais l’épreuve a une fin. Les maquisards ont pu juger les réactions de leurs nouveaux camarades. Le lendemain, la farce est dévoilée, blessé et tolard sont joyeux et en bonne santé. Ce matin là, un jeune homme (lieutenand Rouxel) s’approche des arrivants et leur souhaite la bienvenue, puis demande les noms. Sans hésiter les 2 nouveaux déclinent leur identité : « Reynereau Henri  – Ange Zanotti » Non pas le vrai leur dit ce gradé, celui de guerre. Dix secondes pour trouver « Grimaldi  – François ».  Très bien venez manger. Les autres jeunes leur font alors un accueil inoubliable» 

 Ange Zanotti est décédé le 23 février 2013. Pour lire le témoignage  Cliquez ICI .

Ce long témoignage est très intéressant car il montre à quel point les filières étaient difficiles à trouver, qu’elles étaient cloisonnées, secrètes. Les premiers contacts étaient disséminées dans les villes et pouvaient être boucher, boulanger, artisan (Clément à Gap), médecin (je pense au Dr Ramadout à Chorges, au Dr Coronat à Gap), curé, voire entreprises comme la maison Farçat qui livrait du fuel ou de l’essence (elle était truffée de Résistants). Ces points de contact citadins connaissaient eux la conduite à tenir concernant les filières champsaurines et encore…peut-être pas complètement.

En réalité tout Résistant était un recruteur potentiel. Tous les anciens militaires étaient également à l’égard de leurs anciens collègues, des recruteurs dans leur milieu.

Mais dès que la nouvelle recrue arrivait dans la filière, la prudence était extrême. Il faut savoir quand même que la filière du père Louis Poutrain a été trahie en septembre 1943 par un mouchard (un certain Grasset qui de nuit avait découvert dans le presbytère les faux papiers que préparait le Père avec l’aide de la Préfecture), que le même Grasset fit arrêter en décembre 1943 une vingtaine de jeunes réfractaires au STO à St Firmin, et encore lui qui dénonça les camps de Champoléon en allant jusqu’à donner des photos…

Quelles étaient les filières Champsaurines du Maquis ?

Les jeunes qui arrivaient de la ville et des 4 coins de France dans le Champsaur n’avaient souvent qu’une seule adresse, souvent imprécise, et lorsqu’ils arrivaient sur place, les habitants se gardaient bien de donner par prudence le moindre renseignement. Par contre le Maquis et le camp concerné étaient immédiatement prévenus.

Les filières.

Je crois qu’on peut citer en tout premier lieu la vallée de Champoleon et le curé du village des Borels (Père Robin) qui s’occupait de stocker pour les 4 camps de la vallée, la nourriture et l’armement. Je cite ce prêtre car il était en quelque sorte la vitrine de la Résistance. On savait où le trouver. Bien-sûr il était chapeauté par la hiérarchie militaire des camps, et encore plus haut par Daviron et Paul Eyraud. Mais en terme de filières il était en quelque sorte le premier contact. Fin 1943, les Allemands sont arrivés à son presbytère mais finalement n’ont pas pu l’arrêté faute de preuve (voir le récit plus loin) .

La deuxième grande filière a été bien sûr la filière du Père Louis Poutrain curé dans le village de Saint Jean (commune de Pont du Fossé). On est dans le même cas que le père Robin. C’était un premier contact mais il a pris d’énormes risques. Ce prêtre avait fondé en 1941 un lycée professionnel (menuiserie) pour donner la possibilité aux jeunes de la région d’apprendre un métier autre que celui de la terre. En cours de guerre à partir de 1941, il a commencé à accueillir de jeunes Alsaciens qui ne voulaient pas intégrer l’armée allemande, des réfractaires aux STO (1943), des juifs… Ce prêtre faisait fabriquer de faux papiers en rajeunissant ces jeunes fuyards histoire de les intégrer dans le lycée…..jusqu’à 30 jeunes ! à ses risques et périls. Nous raconterons plus loin son arrestation et sa déportation en septembre 1943. Il en est revenu …

En réalité ce lycée était très vite devenu un tremplin, une plaque tournante, une filière pour la Résistance. Le Père poussait ces jeunes à rejoindre ensuite les vrais Maquis perchés dans la montagne. Il disait lui-même « qu’il avait du mal à comprendre qu’un jeune n’intègre pas  le Maquis et ne prenne pas les armes pour défendre son pays« . Bien-sûr, il les laissait libre de leur choix.

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Le Maquis de Champoléon au quotidien

« Les camps de base étaient joyeux et plein d’amitié » (Richard Duchamblo)

 Résistance Champoleon

Cette photo est exceptionnelle. Elle a été prise le 11 novembre 1943. Les Résistants fêtent avec le colonel Daviron l’armistice du 11 novembre 1918 au camp des Tourronds dans la montagne. Le 12 novembre 1943 (le lendemain) le camp était attaqué par les Allemands. Les maquisards prévenus par la gendarmerie, ont pu rapidement cacher le matériel et s’échapper avant leur arrivée.  A la libération cette photo a été retrouvée dans les affaires de la Gestapo laissées sur place à Gap. Mystère ! A-t-elle été récupérée par les Allemands au moments de leur attaque ? J’ai également entendu dire que cétait le jeune Grasset qui l’avait transmise aux Allemands.

Le père Louis Poutrain, en les voyant s’entendre si bien, prêts à rendre service à tout moment et parfois au péril de leur vie, disait d’eux dans son livre, « La déportation au coeur d’une vie », « Quelle belle jeunesse… »

Richard Duchamblo va dans le même sens : « Ses compagnons de Résistance étaient pour la plupart des héros qui n’hésitaient pas à risquer leur vie. Mais, les coups durs une fois passés, ils se reposaient en savourant les plaisirs de la vie … »

Parmi eux ils y avaient beaucoup d’anciens scouts, et « les veillées étaient magnifiques, avec un grand feu, des chants, des histoires…et tous riaient bien volontiers. »

Après la guerre, beaucoup d’anciens Résistants diront avec force que ces camps de Champoléon (menés par Rouxel, Radius, Poutrain et Vollaire…) leurs avaient laissé un souvenir extraordinaire, inoubliable  mais qu’ensuite, mutés à Chorges, à la Bégüe ou dans le Dévoluy…… l’ambiance n’avait pas été aussi exceptionnelle.

Dans plusieurs documents les auteurs insistent pour dire que le rythme dans les camps de Champoléon était très soutenu, qu’ils avaient vocation à former des soldats et non des «planqués». Effectivement, en d’autres régions, certains jeunes voulaient seulement éviter d’aller travailler en Allemagne, d’intégrer l’armée allemande (pour les alsaciens), ou encore d’échapper à la justice… Ils se cachaient donc dans la montagne, sans autre but. Ces jeunes vivaient alors de la générosité des gens du lieu ou de rapines mais n’avaient aucun but militaire.

A Champoléon, rien de cela, ce sont des camps de jeunes résistants, qui demandent à reprendre les armes et à être formés.

Un autre point m’a surpris, c’est la grande pratique religieuse. La prière était quotidienne, la messe fréquente.

Groupe des Garnauds à Champoléon

Cette photo date de Février 1943. Il s’agit du groupe de résistants du Maquis des Garnauds à Champoléon. Pierre Poutrain (le frère du Père Louis Poutrain) debout, deuxième à gauche fut capturé dans la cabane où il se cachait  et fusillé le 19/06/1944. Son frère le père Louis fut déporté. Nous parlons d’eux un peu plus loin.

Un petit mot de M. Paul Motte concernant cette photo :  » Je suis vraiment étonné de voir que des personnes ont eu le courage de faire des photos à cette époque où la peur nous habitait. C’était très compromettant tant pour le photographe que pour le laboratoire qui développait. Heureusement pour l’histoire que ces documents éxistent. Merci pour le travail de mémoire ».

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Que faisait le Maquis en 1942-1943 ?

Je vous livre un témoignage étonnant reçu d’un fils de Résistant (pour le Champsaur). « D’après ce que m’en a dit mon père, au début ils étaient un peu livrés à eux-mêmes sans véritable commandement. Mon père faisait les liaisons à travers les montagnes à pieds entre les camps alentours.

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Résistants Champoléon

Un témoignage sur le début des Maquis entre 1942 et 1943:

Ils se nourrissaient des aliments donnés par quelques paysans du coin proche des maquisards, de chasse au collet pour préserver les munitions, et certaine fois en chapardant de la nourriture dans les fermes. Ils étaient très mal armés, peu de fusils et peu de munitions ».

Autre témoignage un peu contradictoire

«Voici donc le planning d’une journée habituelle :

Lever tôt le matin, prière, lever du drapeau, entraînement militaire, sport. Chacun à son tour s’occupait du repas de midi et des différentes corvées. L’après-midi entrainement militaire ou selon sa mission (ravitaillement, réparation, message à transmettre à d’autres camps, …) tous étaient très occupés. Prière le soir, et ces fameuses veillées qui ont laissé des souvenirs inoubliables ».

Ces 2 témoignages sont en apparence discordants mais ne concernent pas la même période. Le premier date de début 1942 en l’absence totale de hiérarchie militaire. Le deuxième nous montre les camps tels qu’ils étaient fin 1942, lorsque les militaires sont libérés de leurs obligations par ordre d’Hitler et arrivent dans la région. Paul Marie Radius, Pierre Poutrain, Jean Bernard Rouxel, le sous lieutenant Vollaire, Aimé Roux et bien d’autres …tous ces jeunes militaires vont mettre de l’ordre et un esprit militaire dans les camps.

Je ferai remarquer à cette occasion qu’Aimé Roux habitait Poligny et qu’il a donc rejoint en toute logique non le Maquis mais la Trentaine Piot.

Voici la mission de ces camps de maquisards

1 / Récupération des armes …

Le premier travail des maquisards, fut de récupérer toutes les armes du secteur. Il s’agissait d’une mission dangereuse pour eux-mêmes et pour la population qui y contribuait. Le curé de Champoléon, l’abbé Robin, avait pu cacher dans la crypte de son église 107 fusils Lebell de 1907, lesquels sont ressortis au moment de la libération de Gap. Heureusement les maquisards ont reçu du matériel beaucoup plus moderne surtout en 1944, grâce aux parachutages des Alliés. Le premier, à ma connaissance a eu lieu en septembre 1943 à l’Adroit de Pontis pas très loin de Serre Ponçon. A partir de 1944 il furent nombreux : Ancelle, Saint Jean…. vous trouverez un peu plus loin la liste de ces parachutages.

.Ils organisèrent par ailleurs et récupérèrent des parachutages d’armement sur le plateau d’Ancel 2 / la formation des futurs combattants

Deux jeunes Saint-Cyriens, Jean-Bernard Rouxel (22 ans), Paul-Marie Radius (22 ans) ainsi que le sous-lieutenant Vollaire encadrèrent et formèrent les jeunes résistants de la vallée.  Le centre de leur action se situait dans la vallée de Champoléon et dans le village de Saint-Jean-Saint-Nicolas (lycée du père Poutrain).

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Le groupe de Résistants de Prégentil.

Photo des jeunes Alsaciens cachés par le Père Louis Poutrain, extraite du livre du Père Louis Poutrain « la déportation au coeur d’une vie ».

Ces jeunes refusaient d’intégrer l’armée allemande. De gauche à droite : Emile Arnaud, René Baumann, Pierre Poutrain ( fusillé le 19/06/1944 après avoir été capturé dans sa cache), Léon Specklin, Armand Hengy, Henri Parmentier (tué au combat à Laye le 17/07/1944). La plupart de ces jeunes logeait au presbytère de St Jean mais rejoingnaient le Maquis de Champoléon pour l’entrainement. Pierre Poutrain (le plus grand, frère du père Louis Poutrain) était responsable du camp des Garnauds. Certains ont participé en 1944 (après la fermeture du lycée) au combat de Laye qui avait été organisé par la Trentaine de Saint Laurent du Cros. Henri Parmentier a été tué au cours de ce combat. Nous y reviendrons plus loin.

En réalité le lycée professionnel de Prégentil (nous l’avons vu plus haut) accueillait 30 jeunes en fuite. Mais ce n’était pas à proprement parler un camp de maquisard. Nous allons dire que c’était un vivier duquel partaient certains jeunes vers les camps de Champoléon et qu’ils revenaient de temps en temps pour l’entrainement ou pour voir le père Poutrain ou plus simplement pour se reposer…Mais il faut savoir que certains jeunes du lycée restaient cachés et ne tenaient pas à s’engager dans la Résistance. Certains ont pu dire après la guerre qu’ils ne dormaient pas un soir au même endroit.

A propos également de ce groupe, je cite le livre de Léon Specklin (22 ans à l’époque) « A Champoléon, il y avait deux camps de maquisards (il se trompe il y en avait quatre), un aux Tourronds et un autre aux Méoullions. Le groupe de Prégentil se joignait souvent à eux ...Un matin nous nous sommes retrouvés dans le bois au dessus du pont de Corbières, nous présentions les armes au Colonel Descours, un des commandants du Vercors. Le soir nous avons transporter des armes cachées dans une grotte et nous les avons déposées avec l’aide des 2 maquis dans une cachette non loin des Borels. Un autre soir nous eûmes aux Garnauds la visite du père du sous-Lieutenant Vollaire, un ancien colonel de réserve…Il nous disait son espoir d’une victoire prochaine, et nous rappelait que nous aurions une carte importante à jouer…les responsables militaires savaient qu’ils pouvaient compter sans réserve sur les jeunes résistants de la vallée ….»

Ce texte nous fait découvrir que la hiérarchie militaire du Vercors encadrait aussi la Résistance du Champsaur, que certains militaires de réserve y participaient, que beaucoup d’actions se passaient la nuit, que les armes commençaient à être récupérées et cachées……

3 / Ces groupes de résistants étaient en lien les uns avec les autres :

Lorsqu’on relit la vie de Pierre Poutrain, de Paul Marie Radius, de Rouxel et de tous les autres, on se rend compte qu’ils passaient beaucoup de temps à circuler dans la vallée, soit pour passer les informations d’un camp à l’autre, soit pour s’assurer que tout allait bien ou tout simplement pour apporter des vivres. Pierre Poutrain faisait jusqu’à 50 km par jour ! C’est d’ailleurs comme ça qu’il s’est fait arrêter : épuisé après une nuit de marche (dont le col du Noyer) il s’est endormi dans une sorte de bergerie (à quelques centaines de mètres de son camp) et a été trahi.

Mais ces groupes étaient en lien aussi avec d’autres régions comme la Drôme, le Vercors, l’Isère, la Haute Savoie. En juillet 1944, lorsque le colonel Drouot l’Hermine arrive de la Drôme pour préparer le débarquement et favoriser la remontée des Alliés vers le Nord-Est, il trouve la région du Champsaur prête aux combats. Le tissu de Résistance était en place, fédéré par ces incessants déplacements.

Les commandos l’Hermine  seront donc composés essentiellement de Résistants qui étaient déjà sur place entre 1941 et 1944 et c’est eux qui poursuivront les allemands jusqu’à la frontière, participeront aux batailles d’Héricourt, Belfort, Bourbach et enfin Bischwiller. Les combats seront très rudes et 82% des hommes des commandos L’hermine seront tués ! Mais nous sommes en 1942-1943, n’anticipons pas 1944.

4 / Cacher toutes les personnes susceptibles d’être arrêtées :

Les juifs, les Résistants connus, les jeunes qui refusaient le STO…..Ces personnes  trouvaient refuge, soit dans la montagne (comme dans le Vercors) soit chez l’habitant. A Chauffayer deux familles juives ont été cachées par Jean Jourdan, instituteur révoqué par Vichy : ces deux familles ont été sauvées (nous l’évoquions déjà plus haut).
La résistance procurait à ces jeunes (et moins jeunes) des fausses pièces d’identité, grâce
d’ailleurs à l’administration française, des papiers qui les rajeunissaient afin d’éviter le travail obligatoire (STO).

C’est à cause de ces faux papiers que le groupe de « Prégentil » s’est fait démasquer. Un collabo dénommé Grasset (condamné aux travaux forcés à perpuité à la Libération) s’est introduit dans le groupe, a repéré les faux papiers, les habitudes du groupe, et les allemands sont intervenus et ont fait une rafle (novembre 1943).

5 / Distribution de tracts et de revues dans tout le Champsaur et à Gap.

C’est le groupe de Saint Léger créé dès 1939 (et seul groupe pendant 2 ans environ) qui va non seulement réfléchir à mettre en place la Résistance sur le secteur (et dans le Dévoluy) mais encore va éditer tracts, revues, faux papiers, faux bons de requisition allemands…Le groupe de Saint Léger les Mélèzes dirigé par Marcel Arnaud et le commandant Mauduit avait une place à part dans la Résistance locale. C’était la tête pensante du secteur.

Ce groupe éditera les revues  Vérité, Liberté, Petites ailes, Combat, Témoignage Chrétien. Ce sont les 2 frères Gaston et Raymond Ribaud qui feront ce travail au péril de leur vie dans une petite imprimerie de la Rue Bresson à Gap. Certains lycéens participèrent à la distribution de tous ces papiers.

Personnellement je pense que les faux papiers que donnait le Père Louis Poutrain à ses jeunes dans le Lycée professionnel provenaient de cette filière. Pourquoi ? Parce que tous les documents historiques parlent de cette imprimerie et je ne vois pas comment une deuxième imprimerie aurait pu rester (surtout après la guerre) complètement inconnue.

La fin des camps de Champoléon en résumé :

En septembre 1943 les allemands arrivent dans la région. Très rapidement ils comprennent  qu’il y a un foyer de Résistance important dans la vallée de Champoléon. Après avoir recueilli suffisamment d’informations, les allemands attaquent Champoléon et le village de Saint Jean avec de gros moyens militaires.

Mais nous allons y revenir un peu plus loin…

Deux témoignages reçus sur cette période 1942-1943

Ces témoignages reçus sont intéressants car ils fourmillent de petits renseignements sur la période 42-43 et nous font vivre très concrètement, sous nos yeux en quelque sorte, cette période si compliquée.

Une histoire touchante :

Le jeune Jacques Levy (futur propriétaire des cafés Maurice à Toulon) était maquisard aux Borels dans la vallée de Champoléon. Il aidait l’abbé Robin (curé des Borels) à gérer le matériel et la nourriture qui ensuite étaient distribués dans les différents Maquis perchés dans la montagne. Or ses parents avaient trouvé également refuge dans une famille du Champsaur, à Chauffayer.

Un jour on demande à Jacques Lévy, et à quelques-uns de ses compagnons, d’aller dans la vallée pour l’approvisionnement des camps. En passant par Chauffayer, il tombe nez à nez avec ses parents. Ni lui,  ni ses parents n’ont fait mine de se connaître et  se sont donnés une simple poignée de main…c’est tout. La prudence devait être absolue. En cas d’arrestation,  personne ne devait savoir qu’il y avait un lien de parenté entre eux et encore moins  d’indiquer un lieu d’habitation !

L’entrevue a duré cinq minutes, puis les jeunes maquisards ont repris leur chemin. L’émotion des retrouvailles est restée totalement cachée ! Tel était le prix de la survie pour les Juifs. Finalement toute la famille a été sauvée. Par contre Jacques Lévy essuiera en novembre 1943, le tir des mitraillettes allemandes lors de l’attaque de Champoléon. Il fuiera comme tous les jeunes hébergés aux Borels dans la montagne. « Les balles sifflaient à nos oreilles, les feuilles des arbres nous tombaient dessus…mais pas un jeune n’a été blessé » Seul l’abbé Robin a été arrêté  puis libéré car il n’y avait aucune preuve contre lui. Tout le matériel était astucieusement caché sous le plancher !

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Une histoire à tomber à la renverse !

Je parlais précédemment de la famille Rodrigue, famille juive, qui a vécu une véritable errance dans le Champsaur pour échapper aux allemands. Elle avait trouvé refuge à l’hôtel Martin de Pont du Fossé. Mais le lieu devenait dangereux car elle avait été repérée. La famille a pu alors se loger sur les hauteurs de la vallée de Champoléon dans une sorte de bergerie, la « Coche ». Voici ce que m’écrit M. Rodrigue dans son témoignage « Quelques jours après notre installation à la « Coche », la Gestapo alla interroger M. Léon Martin (le propriétaire de l’hotel où nous logions juste avant) pour savoir où nous étions partis. M. Martin leur dit qu’il n’en savait rien et n’en démordit pas malgré leurs menaces. La propriétaire qui nous avait loué ce nouveau logis (la Coche), l’ayant appris, voulut s’assurer qu’elle était en règle en téléphonant à la gendarmerie.

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Un gendarme de Pont du Fossé put entendre la teneur du coup de fil « Ai-je le droit de louer ma maison à des Juifs – mais oui Madame, où est-elle située ? quel est le nom de ces gens ? dîtes-nous un petit peu tout ça etc..etc.. ». Stupide ! La Gestapo, forte de tout ces renseignements, débarque presque immédiatement à la Coche mais les Rodrigue arrivent à s’échapper grâce à un voisin qui les prévient (via la gendarmerie) et retarde les Allemands en faisant un trou en plein milieu du chemin qui menait à la Coche.. Les Rodrigue trouvent un grotte pour se réfugier ! La population leur apportera de quoi manger pendant plusieurs semaines !

Pour lire le témoignage complet de Marcel Rodrigue (recueilli par Robert Faure)  Cliquez ICI     ..

 

 

Arrivée des Allemands en septembre 1943

 

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Suite au débarquement des alliés en Afrique du Nord, les Allemands envahissent à partir du 11 novembre 1942, la zone libre. Ils tiennent à occuper le Sud de la France pour empêcher un débarquement en Provence.

Par contre dans le Champsaur les allemands n’arriveront qu’en septembre 1943. Les italiens doivent alors partir. Mussolini rouspète beaucoup, gesticule encore plus et plie bagages…Nous le disions plus haut, les Italiens laissent quelques armes aux Français soit par négligence (manque de temps) soit pour les aider.

L’arrivée de l’armée allemande change complètement l’ambiance. Tout se durcit. La Résistance aussi. Les exécutions se multiplient, la villa Mayoli à Gap devient un lieu d’interrogatoire et de torture où passeront pour y être interrogés tous les Résistants attrapés.

Execution allemand

Les Allemands  comprennent immédiatement que la résistance s’est installée dans la vallée de Champoléon (ils croient qu’il n’y a que 3 grands Maquis au lieu de 4. Les Garnauds seront épargnés), mais également dans le village de Saint Jean, au lycée professionnel du père Louis Poutrain, à Chauffayer, que de nombreux jeunes déserteurs du STO circulent à Saint Firmin, …

Ils décident en novembre 1943 de faire le grand ménage et rapidement. Il seront malheureusement aidés dans leur tâche  par quelques collabos. Pour le Champsaur c’est le jeune Grasset  qui fît le plus de mal. A cause de lui, 172 Champsaurins furent déportés et seulement 89 survécurent.

Nous allons découvrir successivement :

  • la rafle du lycée professionnel du Père Poutrain

  • l’attaque loupée des camps de maquisards (prévenus à temps)

  • l’arrestation massive des jeunes STO à St Firmin

1 / En novembre 1943, dramatique rafle au lycée professionnel de Prégentil

Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1943 la Gestapo et la Whehrmacht (400 soldats)  attaquent simultanément le village de Saint Jean (la cure de l’abbé Poutrain) où ils arrêtent toutes les personnes présentes, le lycée de Pont du Fossé (ouvert par l’abbé Poutrain), les maquis de Champoléon à savoir les Borels, les Tourronds, les Méollions.  Les  résistants de ces camps, avertis à temps, avaient pu quitter les lieux pour fuir dans la montagne. Le camp des Garnauds qui se situait juste à l’entrée de la vallée de Champoléon sera épargné…

Rappel d’histoire sur le lycée professionnel :

Nous avons parlé à plusieurs reprises (un peu plus haut) de l’abbé Louis Poutrain, curé du village de Saint Jean, commune de Pont du Fossé. Voici comment il devint progressivement Résistant.
Touché par la difficulté des jeunes Champsaurins pour trouver du travail dans la région, il avait fondé en 1941 un lycée professionnel pour l’enseignement de la menuiserie (son frère Pierre l’avait rejoint en 1942 après s’être échappé d’un camp de prisonnier). Créer un lycée : rien de répréhensible. Mais en 1942 il avait accueilli 20 jeunes Alsaciens (logés à la cure de St Jean) qui ne voulaient pas être enrôlés dans l’armée allemande puis dans la foulée avait accueilli également une vingtaine de jeunes réfractaires au STO ( logés dans le lycée : de faux papiers leurs permettaient de tricher sur l’âge et donc de rester au lycée). Tout cela était en lien avec la Résistance locale. Les jeunes qui le désiraient partaient ensuite vivre dans les Maquis de Champoléon. D’ailleurs, Pierre Poutrain faisait à pied d’incessants aller-retour entre le Maquis (il était responsable des Garnauds) et le village de Saint Jean.

 

 

Louis poutrainC’est dans ce bâtiment que l’abbé Poutrain avait fondé en 1941 son lycée

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Le Père Louis Poutrain à droite, quelques jours avant la rafle. Il fut donc arrêté par les Allemands le 13 novembre 1943 sans ménagement et  déporté à Fussenburg …d’où il  pût revenir après la guerre. Il a publié en 1982 un livre intitulé  « La Déportation Au Cœur d’une Vie » (Éditions du Cerf). A gauche le père Joseph, missionnaire capucin, photo de 1941 extraite du livre « Le Champsaur histoire et mémoire » de Robert Faure …

 

Déroulement de la rafle :

Les allemands cernent  donc le village de Saint Jean, investissent l’église, le presbytère, le lycée professionnel (à l’époque quelques kilomètres plus bas), et font une fouille systématique. Ils tirent à tort et à travers au point que le Père Poutrain (à son retour de déportation) qualifiera ces tirs de mortier et de mitraillettes de « totalement inutiles et ridicules. »

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Il s’agit du presbytère où le père Poutrain logeait les jeunes alsaciens. A deux reprises au moment de l’arrestation le Père aurait pu s’échapper …mais ne l’a pas fait. La première s’est passée de la façon suivante : prisonnier au rez de chaussée de la cure, le jeune allemand qui les gardait s’était endormi lourdement après une nuit difficile. Se réveillant, les yeux écarquillés, ce jeune leur demanda presque timidement : « tout le monde est-il là ? et le Père de répondre « oui tout le monde !  » La deuxième opportunité se passa au moment où on les fît sortir de la cure et qu’ils marchaient dans un petit chemin. Le père Poutrain réalisa qu’ils étaient 3 gaillards accompagnés d’un seul allemand plutôt petit. Ils pouvaient à la faveur d’un effet de surprise le maîtriser et s’échapper par des petits chemins qu’ils connaissaient bien mieux que les allemands. Ils ne le firent pas…..

Les allemands repartent avec les prisonniers, dont le Père Louis Poutrain (qui sera déporté jusqu’à la fin de la guerre : dans son livre il signale qu’il n’eut la vie sauve que par le hasard des circonstances et l’aide d’un co-détenu qui le fera boire à la petite cuillère pendant 15j alors qu’il était dans le coma et bouillant de fièvre), le Père de La Briolle (qui sera libéré quelques jours plus tard après intervention de l’Evêque de Gap : en effet ce prêtre n’était que de passage à Prégentil ), les jeunes alsaciens de la cure, la famille Demontis (avec leur bébé de quelques mois : la mère et l’enfant seront libérés rapidement. Proto Demontis suivra le chemin de la déportation avec le Père Poutrain), la cuisinière et son mari  (qui seront libérés quelques mois plus tard ) François Lauzier de Chaillol ( qui mourra en déportation  à Mauthaussen le 19 Aout 1944 sans avoir vu la naissance de son 7eme enfant : ce sera une petite fille, 64 ans aujourd’hui.) Beaucoup  vont suivre l’horrible chemin de la déportation, en passant tout d’abord par la célèbre villa Mayoli à Gap, les Baumettes à Marseille puis direction l’Allemagne, Fussenburg pour beaucoup (espérance de vie 3 mois maximum).
Le frère du prêtre, Pierre Poutrain, était au Garnauds et échappa à la rafle. Il fut capturé dans sa cache ( cabane) quelques mois plus tard, torturé à la villa Mayoli et fusillé le 19 juin 1944, quelques jours avant la libération avec quatre autres résistants. Son corps fut transferré le 22 Aout 1946 dans le cimetière tout proche de la cure de « Saint Jean » sur demande de son frère Louis Poutrain (après son retour de déportation ) .

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Le Père Poutrain décoré de la légion d’honneur en 1975 ( 81 ans ).

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Cette rafle de Prégentil eût  lieu grâce aux renseignements donnés par un jeune collabo (Grasset ) qui était arrivé à s’introduire à la cure, de nuit, et à découvrir les faux papiers que le Père Poutrain utilisait pour ses jeunes.

Dans son livre  « la déportation au cœur d’une vie » , le père Poutrain  se posait la question de savoir s’il n’avait pas manqué de prudence en se faisant livrer par exemple directement au presbytère toute la nourriture de ses hôtes (20 alsaciens) alors  qu’il aurait dû se faire livrer au Lycée puis ensuite transférer la nourriture de nuit  en cachette. Avait-il été imprudent également en laissant les papiers de ses jeunes hôtes dans un tiroir de son  bureau ? Beaucoup trop de gens dans le village connaissaient son activité.
Lorsque le jeune collabo est arrivé à Prégentil, il a été rapidement renseigné et a trouvé les papiers sans difficultés. Mais laissons ces questions de côté et
retenons surtout le courage et la générosité de ce prêtre dans un moment si difficile.

 

2 / Les camps de Champoléon attaqués par les Allemands

Trois camps furent concernés : les Tourronds, les Meollions, les Borels. Par contre, les Garnauds furent épargnés.

Les maquisards de ces 4 camps ont été prévenus par un gendarme (un certain Fine) quelques heures avant le moment fatidique. Tous sont partis dans la montagne après avoir soigneusement caché les armes et le matériel. Aux Méollions, en partant un Résistant a écrit sur la porte du chalet « vous arrivez trop tard ». En arrivant sur place, les Allemands ont détruit toutes les installations. Le camp des Garnauds a été épargné. Quoi qu’il en soit les maquisards ne pouvaient plus revenir en ces lieux même aux Garnauds. Tout devait être abandonné.

Après cette attaque donc, la Résistance du secteur est désorganisée. Paul-Marie Radius était prêt à recommencer et à cet effet rassemble tout le monde  sur les hauteurs d’Orcières. Mais il reçoit l’ordre du colonel Daviron de lâcher ses hommes dans la nature en leurs donnant des permissions pour qu’ils rentrent chez eux.

Une petite partie du groupe passe quelques jours à l’hôtel des «Négociants» à Gap  sous l’autorité des 2 officiers : Radius et Rouxel (les 2 amis). Voici ce qu’ils en dirent  « Nous y avons goûter le plaisir de coucher dans un lit, au voisinage immédiat de quelques allemands ! Ce fut pour nous les délices de Capoue…. » Mais cela ne pouvait durer, chacun allait devoir rentrer chez lui.

Après l’attaque du 12 novembre 1943, les allemands connaissaient très bien les noms des chefs de la Résistance et ils étaient tous recherchés. Finalement, mais je fais un saut dans le futur, Paul-Marie Radius sera fusillé le 10 juillet 1944, Bernard Rouxel mourra en déportation à Wilhemshaffen à l’âge de 23 ans le 16 mars 1945, Pierre Poutrain fusillé le 19 juin 1944, son frère le Père Louis Poutrain arrêté lors de cette attaque du 13 novembre 1943 déporté à Fussenburg mais il en est revenu, le colonel Daviron sera déporté mais en reviendra, le capitaine Connan en réchappa et continuera le combat…Le fait de séjourner à Gap était donc extrêmement risqué et l’avenir le prouvera.

Après 10 jours passés en famille, tous les jeunes Résistants sont de retour dans les Alpes le 30 novembre 1943. Paul-Marie Radius de retour à Gap va d’hôtel en hôtel, prend des risques pour réorganiser son groupe. Pas un de ses hommes ne manque à l’appel.

Décembre 1943, la hierarchie leurs demande d’intégrer le maquis de la Begüe. Ils se retrouvent donc dans une autre vallée. Cette réimplantation sera difficile et les témoignages des anciens iront tous dans le même sens, l’ambiance ne sera jamais plus comme dans les montagnes de Champoléon.

Pour mémoire (car nous sortons du Champsaur) ce deuxième camp de la Begüe sera attaqué par les Allemands le 16 janvier 1944. Dans ce secteur B il y avait un autre camp de Résistants à Thuoux, une sorte de chantier-frère. Le 16 janvier 1944, M. Bauchau arrive précipitamment à la Begüe pour leurs annoncer que Thuoux vient d’être attaqué. Les jeunes de la Bégüe disparaissent rapidement dans la nature. Une fois de plus ils en réchapperont grâce à la population locale.

Paul-Marie Radius dépose ses affaires chez M. Bachau et passe une semaine à Gap. Il écrit à ses parents « cette semaine, cela a été assez la bulle…..vie en hôtel. Hier avec mon ami Rouxel, je suis allé voir Carthacalla, un film sur les Bohémiens…» . Une vie donc qui n’est pas simple et qui comporte beaucoup de risques.

Paul Marie Radius sera trahi lors d’un trajet qu’il faisait en car le 20 juin 1944 pour aller à Gap voir un médecin, le Dr Coronat. Torturé à la villa Mayoli jusqu’à en être méconnaissable, il ne parlera pas.

Torture Gestapo

Il sera fusillé le 10 juillet 1944.

 

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3 / La rafle de Saint Firmin

Le même collabo (Grasset) permit en décembre 1943, une troisième rafle dans le village de Saint Firmin. Se faisant passer pour un séminariste et lier amitié, il organisa une soirée de Réveillon à St Firmin.

Vingt jeunes réfractaires au STO s’y rendirent et en pleine fête, la Gestapo débarqua. Ce traître prétextant des nausées s’était éclipsé quelques minutes avant. Les vingt jeunes furent arrêtés et déportés …Dix arrivèrent à s’échapper pendant leur transfert, les uns à Dijon ( 17/03/1944) les autres à Paris ( 19/03/1944). Six furent déportés, quatre partirent pour l’Allemagne dans le cadre du STO. Les jeunes filles présentent à cette soirée, restèrent libres.

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La rafle se déroula dans cette maison, en haut du village de St Firmin. Par l’intermédiaire de ce traitre, les allemands se rendirent compte de l’importance de la Résistance sur le secteur et du nombre important de réfractaires aux STO. A cause de Grasset 172 Champsaurins furent déportés, d’une façon ou d’une autre et seulement 89 survécurent. Ce jeune collabo toucha 800 francs (soit 8 nouveaux-francs ) pour cette basse besogne.

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Le village de Saint Firmin où se déroula la rafle de décembre 1943.

L’émoi fut tel dans le village de St Firmin et la région que les gendarmes se sentirent obligés d’enquêter sur ce jeune. Mais cela ne relevait pas de leur compétence. La Gestapo intervint quelques heures plus tard, prévenue à nouveau par Grasset. Les quatre gendarmes ont été arrêtés mis en prison pendant 4 mois. L’un d’eux rencontra le Père Poutrain aux Baumettes à Marseille et ils comprirent ensemble qu’ils avaient été trahis par le même jeune.
On apprit plus tard, à la Libération, que plusieurs membres de sa famille, avaient pourtant été résistants à Toulon !

Qu’est devenu ce collabo ? Dans aucun document son nom n’est mentionné et encore moins dans le livre du Père Poutrain qui reste très discret sur cet homme. Seul le livre du Père Richard Duchambo signale qu’il s’agissait du jeune Grasset et qu’il fut condamné aux travaux forçés à perpétuité.

e par tous les enfants du Champsaur ! et l

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-1 / Résistance dans le Champsaur de 1939 à 1943 :     Cliquez ICI.
-2 / La grande année des maquisards en 1944 et libération de Gap  Cliquez ICI.
-3 / Libération des Hautes Alpes  Cliquez ICI  .
-4 / Champsaurins morts pour la France (noms et circonstances)   Cliquez ICI.
-5 / Paul Héraud : chef de la Résistance dans le Champsaur.  Cliquez ICI .
-6 / Pierre Poutrain  : un Résistant exceptionnel….fusillé le 19 juin 1944 : Cliquez ICI  .
-7/ Paul-Marie Radius : Saint-Cyrien, Grand Résistant…..fusillé le 10 juillet 44 à 24 ans. Cliquez ICI .
-8 / Histoire d’une famille juive dans le Champsaur  cliquez ICI . 
-9/ Léon Michel : ancien résistant passé à la Gestapo. Une histoire sidérante.  Cliquez ICI.
-10 / Ange Zanotti : résistant dans le Champsaur. Lettre de sa famille Cliquez ICI .
11/Aimé Roux : résistant dans Champsaur, mort en Indochine Cliquez ICI.
-11/ Souvenirs de guerre d’un petit enfant (JP Clot, chirurgien) Cliquez ICI.

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