Résistance dans le Champsaur de 1939 à 1943

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Résistance dans le Champsaur (Hautes Alpes) 

     Nous allons retracer dans ce chapitre les grandes étapes de la mise en place de la Résistance 39-45 dans les Hautes-Alpes et plus précisément dans le Champsaur. Certes la région a vécu au rythme des événements nationaux mais avec quelques particularités. Qui sait aujourd’hui que les Alpes ont été occupées jusqu’en septembre 1943 par les Italiens et non par les Allemands?

Oui bien-sûr à Gap on s’en souvient, dans la région PACA peut-être….ailleurs ce n’est pas certain  icon_smile.gif.

 

Un petit rappel d’histoire 

Le 24 juin 1940 : La France capitule et l’armistice est signée avec les Allemands. Lors des négociations  les Italiens revendiquent l’occupation d’un territoire très étendu allant jusqu’au Rhône et demande l’annexion de Nice, de la Corse et de la Savoie……Hitler refuse les prétentions énormes de Mussolini alors qu’il n’a gagné aucune bataille dans les Alpes.

 

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Au Nord de la France, la zone occupée, au Sud la zone libre, dans le sud-est les 3 flèches rouges indiquent l’avancée des italiens après l’accord du 24 juin 1940.

 

Fin juin 1940 :  les Italiens vont donc occuper une zone frontalière de 800 km² qui touche partiellement quatre départements, à savoir les Alpes Maritimes, les Basses Alpes, les Hautes-Alpes, la Savoie. Ils s’installent à Gap et n’en repartiront qu’en septembre 1943 sur demande expresse d’Hitler qui alors voudra occuper toute la France. Il pressent depuis le 11 novembre 1942 (jour du débarquement en Afrique du Nord des Alliés), qu’un débarquement pourrait avoir lieu dans le Sud de la France.

Le Champsaur a donc un statut très particulier : il est sous occupation italienne. Avec les Italiens, les choses se passent bien. Ils sont bienveillants, peu regardants et Duchamblo (le grand historien de cette Résistance) utilise même le terme de « débonnaires ». Très corrects, ils ferment les yeux sur de nombreuses choses. Certes pendant trois ans la région manque de tout mais n’a pas à se plaindre ni de violences ni de bombardements. D’ailleurs lorsque en Août 1944, Gap est libéré, certains Italiens reviendront en France (sur initiative personnelle bien-sûr) pour se battre aux côtés des Français et lutter contre les nazis. J’ai également lu (Paul Ducatez) qu’à leur départ beaucoup d’armes avaient été laissées sur place, soit par négligence soit pour aider les français !

Donc en 1940, la population n’est pas très remontée (dans les Alpes j’entends) contre l’occupant italien.

Toutefois en 1941, le groupe de Saint Léger les Mélèzes commence à faire parler de lui.

  Ce groupe s’était constitué en 1935 ( je dis bien 1935)  à Saint léger les mélèzes dans une propriété appartenant à Marcel Arnaud (hôtelier à Gap) pour réfléchir aux questions politiques du moment, réfléchir également à l’idée d’un retour à la terre en fondant des fermes coopératives. Le commandant Mauduit futur responsable du groupe de Résistant « La chaîne » du Château Montmaur (mort au retour de la déportation) participait à ce groupe. Ce groupe était sous la houlette de l’abbé Péretti, l’abbé Justin Verney, l’abbé Paul Chevalier. Le Père de Lubac (jésuite, théologien, devenu Cardinal) a participé à plusieurs reprises à ces réunions.

Ce groupe d’intellectuels va être dans les années qui suivent (1942, 1943, 1944) le centre névralgique de toute la Résistance et de son organisation (nous y reviendrons plus tard). Un deuxième groupe, issu d’ailleurs de St Léger, verra le jour à Château Montmaur (près de Veynes) grâce à Mauduit.

M. Paul Motte m’écrit très clairement « le siège de réflexion préparatoire de toute la Résistance était  à St Léger (Château) où des intellectuels se réunissaient depuis 1935″

Mais la base ne suit pas….. Dans la région en 1941, rien ne pousse vraiment la population à se soulever ou à résister.

Le 10 juin 1941, un grand virage : l’URSS est attaquée par les Allemands malgré un pacte de non agression.

En début de guerre les communistes français étaient assez réservés quant à la Résistance. L’Allemagne avait en effet signé un pacte non agression à l’égard de leurs camarades communistes d’URSS. Ils attendent et demandent à voir. Mais en juin 1941 tout change pour eux. Les communistes Russes sont attaqués par Hitler. Les communistes français rentrent massivement dans la Résistance. Le 22 Juin 1941, le journal clandestin « L’humanité » appelle à la « lutte sans merci contre l’occupant et les collaborateurs « .

Le Champsaur suit ce mouvement. La Résistance commence à s’organiser….. tout doucement.

Dans les Hautes-Alpes elle a pris une forme particulière à savoir des groupes de 30 hommes, appelés des « Trentaines ». Il y en aura plusieurs, formés soit selon les affinités politiques (les communistes seront affiliés aux FTP), soit par secteurs géographiques (un même village par exemple), ou encore par connaissance et amitié. En tout cas ces Trentaines étaient formées de sédentaires, c’est à dire des gens du lieu, à la différence des militaires, des réfractaires au STO (surtout en 1943), des Juifs, des alsaciens…..qui arriveront surtout en 1942 et 1943 en provenance d’autres régions pour fuir les allemands et qui intègreront plutôt le Maquis.

Voici quelques noms :

– La Trentaine Piot de Molines ( à priori FTP, communistes)

– la Trentaine d’Elisée Ebrard de St Laurent du Cros. C’est cette Trentaine qui s’accrochera très durement avec les allemand à Laye en 1944.

– la Trentaine Roux-Mourenas de Saint Firmin.  Pour lire le parcours de René Mourenas Cliquez ICI.

– la Trentaine de Saint Léger (chef Ariey)

– la Trentaine de Jean Jourdan à Chauffayer (instituteur révoqué par Vichy)

– la Trentaine de  M. Gras à Chauffayer (instituteur également)

– la Trentaine d’Ancelle. Un internaute me signale que le chef de cette trentaine était Louis Boisrame. Louis a été tué le jour de la libération de Gap à savoir le 20 Août 1944. Grièvement blessé, il est mort quelques heures plus tard. Pour lire son parcours Cliquez ICI.

 

et bien d’autres………

Trentaine-Piot-Champsaur.jpg

La trentaine Piot de Molines en Champsaur était plutôt d’obédience communiste. La photo a été prise au dessus de Molines, à la Londonière. Au premier plan sur la gauche Emile Piot. Rien de mieux que de se retrouver en altitude dans les alpages pour parler de Résistance.

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En 1941, déjà quelques grands noms de la Résistance  (pour les Alpes) apparaissent dans les écrits de références : ainsi on apprend qu’en 1941 Paul Héraud (futur chef de la Résistance) entre en contact avec le général Cyvoct à Gap et avec le groupe « combat » au niveau national, le commandant Mauduit participe dès 1939 aux réunions de Saint Léger et fonde le groupe « La Chaine » en 1941, Pierre et Louis Poutrain sont à l’oeuvre (à partir de 1941), Marcel Dufour (chef des FTP) est cité dès 1941…….Donc les futures têtes pensantes de la Résistance sont déjà là en 1941 et sont signalées dans les écrits.  Ils remuent ciel et terre sans résultat palpable. Le Champsaur n’est pas encore prêt au combat. Cela ne va pas tarder sous l’effet d’événements convergents.

 

De  janvier 1942  à septembre 1943 : la Résistance devient plus forte.

En résumé :

– Les Italiens occupent toujours la région du Champsaur.

– Les allemands n’arriveront dans la région qu’en septembre 1943.

– La Résistance française s’étoffe  et s’organise pour plusieurs raisons :

1 / Comme nous venons  de le voir les communistes rentrent massivement dans la Résistance …

2/ Depuis le débarquement des Alliés en Afrique du Nord (1942), les allemands ont démobilisé les militaires français. Les casernes ferment. Les militaires en grand nombre rejoignent le maquis ……avec leur savoir faire. C’est ainsi que l’on voit débarquer en 1942 surtout à Champoléon le lieutenant Paul Marie Radius (chef régional de l’ORA), son ami le lieutenant Rouxel, le sous lieutenant Vollaire (qui deviendra le bras droit de Paul Héraud pour la formation des jeunes), le sergent Aimée Roux (qui appartiendra à la Trentaine PIOT), probablement le capitaine Henri Baudel (qui supervisera dans bien des domaines Champoléon, et qui éditera la Revue « Maquisard »), le colonel Daviron et bien d’autres…….

3 / Mais c’est à priori l’institution du « Service du Travail obligatoire «  en 1943  qui a fourni le plus grand nombre de jeunes résistants aux FFI du Champsaur. Ces jeunes rejoignent surtout  le maquis de Champoléon (centre le plus important du Champsaur)  mais également  de Chauffayer, St Firmin,  Laye, St Bonnet, La Fare…..

4/ On peut également citer, les jeunes Alsaciens refusant d’intégrer l’armée allemande et qui rejoignent   la Résistance. Ce fut le cas à Champoléon pour 20 d’entre eux. Certains ont appris plus tard que leur famille en Alsace avait été déportée suite à leur désertion ! On se rend compte que les Allemands ne laissaient rien au hasard. Cette information m’a beaucoup fait réfléchir : entrer dans  la résistance c’était une chose, engager sa famille en était une autre …….

5/ La Résistance se renforce également  grâce à  la population Champsaurine.  On retrouve des instituteurs, des médecins, des agriculteurs, de jeunes juifs, ……toute la population est représentée. Les Italiens sont bien gentils mais n’ont rien à faire dans la région. Les consciences se réveillent.

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Que deviennent ces personnes dans les Alpes ? 

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Les trentaines : nous avons vu plus haut que les habitants de la région avaient commencé à former des Trentaines (groupe de 30 hommes sédentaires c’est à dire de personnes du coin) et en tout premier lieu les communistes (groupe FTP) car déjà regroupés en cellule et soumis à une hiérarchie. D’autres trentaines seront plutôt à l’écoute de la mouvance « Combat » qui deviendra plus tard le « MUR » (mouvement uni de Résistance). Ces trentaines seront épaulées à partir de 1942 par les militaires libérés de leurs obligations militaires. Le colonel Daviron (surnommé Ricard) sera le chef de toute la Résistance (avec Paul Héraud). Il ira de groupe en groupe dans toute la vallée et supervisera toute la hiérarchie.

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En résumé, ces trentaines tout en faisant partie des FTP, de Combat,  du MUR, de l’ORA, de l’AS (plutôt militaire), seront quand même soumis à une seule direction  bicéphale : Paul Héraud  et le colonel Daviron. On comprend mieux pourquoi il y a eu quelques dissensions car les directives du partie communiste (niveau national) n’étaient peut-être pas toujours celles de la direction champsaurine !

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Autre  rappel : les FFI seront créés en février 1944 sur volonté politique, pour fédérer tous ces groupes (nous en reparlerons). Tous deviendront donc FFI à partir de 1944 sous les ordres du général Koenig côté militaire et du général De Gaulle côté politique. Donc à partir de 1944 il y a une petite confusion dans les esprits (j’ai mis du temps pour bien comprendre). Pour un groupe précis on dira que les hommes étaient FFI (dénomination commune de tous les groupes) et 3 lignes plus loin qu’ils étaient  FTP car initialement de cette mouvance. Ce n’est pas simple…..

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Les filières de Résistance : la plus connue dans les Alpes a été la filière du Père Louis Poutrain curé dans le village de Saint Jean (commune de Pont du Fossé). Ce prêtre avait fondé en 1941 un lycée professionnel (menuiserie) pour donner la possibilité aux jeunes de la région d’apprendre un métier autre que le travail de la terre……sans avenir à cette époque dans le Champsaur. En si bon chemin, il a commencé à accueillir de jeunes Alsaciens qui ne voulaient pas intégrer l’armée allemande, des réfractaires aux STO (1943), des juifs… Ce prêtre faisait fabriquer de faux papiers en rajeunissant ces jeunes fuyards histoire de les intégrer dans le lycée…..jusqu’à 30 jeunes !! à ses risques et périls. Nous raconterons plus loin son arrestation et sa déportation.

En réalité ce lycée était très vite devenu un tremplin, une plaque tournante, une filière pour la Résistance. Le Père poussait ces jeunes à rejoindre ensuite les vrais Maquis perchés dans la montagne. Il disait lui-même qu’il avait du mal à comprendre qu’un jeune n’intègre pas  le Maquis et ne prenne pas les armes pour défendre son pays. Bien-sûr, il les laissait libre dans leur choix.

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Les Maquis : la plus grosse concentration de camps de Maquisards se trouvait dans la petite vallée de Champoléon (dans le Haut-Champsaur). On comptait dans le nombre les Garnauds, les Méollions, les Tourronds, les Borels. Toute la population de la vallée était solidaire autour d’eux.

Chacun de ces camps avait comme chef surtout à partir de 1942, le lieutenant Radius (Saint Cyrien) qui supervisait tout (membre de l’ORA puis de l’AS), le lieutenant Rouxel pour les Méollions, Pierre Poutrain (le frère de Louis, le curé de St Jean) pour les Garnauds, le curé des Borels (l’abbé Robin) qui s’occupait de la logistique (plaque tournante de tout le matériel). Ces camps avaient la visite régulière du colonel Daviron responsable de tout le Champsaur, du capitaine Henri Baudel (surnommé capitaine Conan), du colonel Sapin (Duchamblo parle mystérieusement « du lointain » colonel Sapin), le colonel Descours, d’Ange Amar et de bien d’autres.

     

vallée de Champoléon

 Cette vallée de Champoléon était truffée de Maquisards. Vu le lieu, on comprend……En 1943, les Allemands les attaqueront jusque dans la montagne. Un seul camp sera épargné : les Garnauds.

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Les familles champsaurines ont accueilli aussi les fuyards : on ne peut pas parler dans ce cas de Résistance directe contre les allemands. Mais certaines familles ont malgré tout pris de gros risques en hébergeant des jeunes (Juifs, réfractaires au STO, Alsaciens…). A Chauffayer par exemple deux familles juives ont été cachées par Jean Jourdan, instituteur révoqué par Vichy : ces deux familles ont été sauvées. La famille de Marcel Rodrigue (également juif) a vécu une véritable errance dans la vallée de Champoléon mais jamais abandonnée par la population (parfois trahie : voir plus loin leur témoignage). La famille d’Aimée Roux à Poligny a accueilli de nombreux jeunes car la ferme était isolée dans la forêt au pied du Mont Moutet…

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 Cette photo a été prise par la famille Roux à Poligny alors que les jeunes étaient accueillis chez eux. Mme Roux (descendante de cette famille) m’a signalé par ailleurs que son Père était rentré dans la Trentaine Piot bien que non communiste. Accueil des jeunes, Résistance active sur le terrain….voici une famille bien engagée. Pour lire le parcours  d’Aimée Roux Cliquez ICI.

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Une histoire touchante :

Le jeune Jacques Levy (futur propriétaire des cafés Maurice à Toulon) était maquisard aux Borels dans la vallée de Champoléon. Il aidait l’abbé Robin (curé des Borels) à gérer le matériel et la nourriture qui ensuite étaient distribués dans les différents Maquis perchés dans la montagne. Or ses parents avaient trouvé également refuge dans une famille du Champsaur, à Chauffayer.

Un jour on demande à Jacques Lévy, et à quelques-uns de ses compagnons, d’aller dans la vallée pour l’approvisionnement des camps. En passant par Chauffayer, il tombe nez à nez avec ses parents. Ni lui,  ni ses parents n’ont fait mine de se connaître et  se sont donnés une simple poignée de main ….. c’est tout. La prudence devait être absolue. En cas d’arrestation,  personne ne devait savoir qu’il y avait un lien de parenté entre eux et encore moins  d’indiquer un lieu d’habitation !

L’entrevue a duré cinq minutes, puis les jeunes maquisards ont repris leur chemin. L’émotion des retrouvailles est restée totalement cachée ! Tel était le prix de la survie pour les Juifs. Finalement toute la famille a été sauvée. Par contre Jacques Lévy essuiera en novembre 1943, le tir des mitraillettes allemandes lors de l’attaque de Champoléon. Il fuiera comme tous les jeunes hébergés aux Borels dans la montagne. « Les balles sifflaient à nos oreilles, les feuilles des arbres nous tombaient dessus…mais pas un jeune n’a été blessé » Seul l’abbé Robin a été arrêté  puis libéré car il n’y avait aucune preuve contre lui. Tout le matériel était astucieusement caché sous le plancher !

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Une histoire à tomber à la renverse !

Je parlais juste au dessus de la famille Rodrigue, famille juive, qui a vécu une véritable errance dans le Champsaur pour échapper aux allemands. Elle avait trouvé refuge à l’hôtel Martin de Pont du Fossé. Mais le lieu devenait dangereux car ils avaient été repérés. Ils ont pu alors se loger dans la vallée de Champoléon dans une sorte de bergerie, la « Coche ». Voici ce qu’écrit M. Rodrigue dans son témoignage : » Quelques jours après notre installation à la « Coche », la Gestapo alla interroger M. Léon Martin (le propriétaire de l’hotel où nous logions juste avant) pour savoir où nous étions partis. M. Martin leur dit qu’il n’en savait rien et n’en démordit pas malgré leurs menaces. La propriétaire qui nous avait loué ce nouveau logis (la Coche) , l’ayant appris, voulut s’assurer qu’elle était en règle en téléphonant à la gendarmerie. Ma mère m’apprit après la fin de la guerre, qu’un gendarme du Pont du Fossé la connaissant, lui raconta lors d’une rencontre fortuite qu’il avait été témoin de ce coup de téléphone et de sa teneur : « Ai-je le droit de louer ma maison à des Juifs – mais oui Madame, où est-elle située ? quel est le nom de ces gens ? dîtes nous un petit peu tout ça etc..etc.. ». Stupidité des stupidités. La Gestapo débarque presque immédiatement à la Coche mais les Rodrigue arrivent à s’échapper….. dans la montagne pour aller vivre dans une grotte !

Pour lire le témoignage de Marcel Rodrigue (recueilli par Robert Faure)  Cliquez ICI     ….A lire par tous les enfants du Champsaur ! et les adultes !

Un témoignage sur le début des Maquis entre 1942 et 1943:

Voici ce que m’écrit un internaute, fils de résistant : «D’après ce que m’en a dit mon père, au début ils étaient un peu livrés à eux-mêmes sans véritable commandement. Mon père faisait les liaisons à travers les montagnes à pieds entre les camps alentours.

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Ils se nourrissaient des aliments donnés par quelques paysans du coin proche des maquisards, de chasse au collet pour préserver les munitions, et certaine fois en chapardant de la nourriture dans les fermes. Ils étaient très mal armés, peu de fusils et peu de munitions ».

Un autre témoignage concernant 1943. Le parcours typique d’un jeune échappant au STO:

« Mon père et mon oncle ont rejoint le maquis du Champsaur en Juin 1943. Ils étaient domiciliés tous deux à Draguignan dans le Var. Quand ils ont reçu la lettre de route du STO pour aller travailler en Allemagne, ne voulant pas être enrôlés de force, ils ont décidé de prendre le maquis.

Ne sachant absolument pas comment faire, discrètement dans leur  entourage,  ont leurs a conseillé de s’adresser à un monsieur X  installé comme artisan boucher dans la ville.

Ils sont allés le voir tous les deux à la tombée de la nuit dans la plus grande discrétion car tout le monde doutait de tous.  Ce boucher de Draguignan a d’abord tout nié, et ce n’est que quelques jours plus tard qu’il les a recontactés, après surement s’être renseigné sur eux et sur le maquis.

Il leurs a dit qu’ils devaient se rendre à GAP par leurs propres moyens, et là-bas se rendre dans un bar sur la place principale où après un échange de mots de passe, on leurs a dit de ce cacher pour la nuit, et le lendemain une personne et venu pour les conduire vers un groupe dans les montagnes alentours, voila comment ils se sont retrouvés dans le Champsaur ».

Ce témoignage concerne Ange Zanotti et son beau frère Henri Reynereau. Pour lire le témoignage  Cliquez ICI .

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Groupe des Garnauds à Champoléon

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Cette photo date de Février 1943. Il s’agit du groupe de résistants du Maquis des Garnauds à Champoléon. Pierre Poutrain (le frère du Père Louis Poutrain) debout, deuxième à gauche fut capturé dans la cabane où il se cachait  et fusillé le 19/06/1944. Son frère le père Louis fut déporté. Nous parlons d’eux un peu plus loin.

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Un petit mot de M. Paul Motte concernant cette photo :  » Je suis vraiment étonné de voir que des personnes ont eu le courage de faire des photos à cette époque où la peur nous habitait. C’était très compromettant tant pour le photographe que pour le laboratoire qui développait. Heureusement pour l’histoire que ces documents éxistent. Merci pour le travail de mémoire ».

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Mais que faisait cet embryon de Résistance entre 1941 et 1943.

L’obsession de ces groupes, les armes ……..

Le premier travail des maquisards, fut de récupérer toutes les armes du secteur. Il s’agissait d’une action dangereuse pour eux-mêmes et pour la population qui y contribuait. Ils organisèrent par ailleurs et récupérèrent des parachutages d’armement sur le plateau d’Ancelle, surtout en 1944. J’ai souri en apprenant que le curé de Champoléon, l’abbé Robin, avait pu cacher dans la crypte de son église 108 fusils Lebell de 1907, lesquels sont ressortis au moment de la libération de Gap. Heureusement les maquisards ont reçu du matériel beaucoup plus moderne surtout en 1944, par ces fameux parachutages. Le premier, à ma connaissance a eu lieu en septembre 1943 à l’Adroit de Pontis pas très loin de Serre Ponçon. A partir de 1944 il furent nombreux : Ancelle, Saint Jean….Un peu plus loin vous trouverez la liste de ces parachutages.

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Deuxième directive : la formation des futurs combattants et la communication entre les groupes.

Deux jeunes Saint-Cyriens, Rouxel (22 ans) et Radius (22 ans) et le sous-lieutenant Vollaire encadrèrent et formèrent les jeunes résistants de la vallée.  Le centre de leur action se situait dans la vallée de Champoléon et dans le village de Saint-Jean-Saint-Nicolas.

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Le Groupe de Résistants de Prégentil ( photo extraite du livre du Père  Louis Poutrain : »la déportation au coeur d’une vie » ). En l’ occurrence cette photo nous montre les jeunes Alsaciens   cachés par  le Père Louis Poutrain au village de Saint-Jean. Ils refusaient tous d’intégrer l’armée allemande. De gauche à droite : Emile Arnaud, René Baumann, Pierre Poutrain ( fusillé le 19/06/1944 après avoir été capturé dans sa cache), Léon Specklin, Armand Hengy, Henri Parmentier (tué au combat à Laye le 17/07/1944). La plupart, tout en logeant au presbytère de St Jean, avait rejoint le Maquis de Champoléon et participaient au coup de main des Trentaines ( le combat de Laye avait été organisé par la Trentaine de Saint Laurent du Cros).

Le père Poutrain, en les voyant s’entendre si bien, prêts à rendre service à tout moment et parfois au péril de leur vie, disait d’eux dans son livre : »quelle belle jeunesse….. « .

A propos également de ce groupe, je cite le livre de Léon Specklin (22 ans à l’époque )   » A Champoléon, il y avait deux camps de maquisards (il se trompe il y en avait quatre: le webmaster) : un aux Tourronds et un autre aux Méoullions (le groupe de Prégentil se joignait souvent à eux )…. Un matin nous nous sommes retrouvés dans le bois au dessus du pont de Corbières, nous présentions les armes au Colonel Descours, un des commandants du Vercors.  Le soir nous avons transporter des armes cachées dans une grotte et nous les avons déposées avec l’aide des 2 maquis dans une cachette non loin des Borels. Un autre soir nous eûmes aux Garnauds  la visite du père du sous-Lieutenant Vollaire, un ancien colonel de réserve ……Il nous disait son espoir d’une victoire prochaine, et nous rappelait que nous aurions une carte importante à jouer ….les responsables militaires savaient qu’ils pouvaient compter sans réserve sur les jeunes résistants de la vallée …. »

Ce texte nous fait découvrir que la hiérarchie militaire du Vercors encadrait aussi la Résistance du Champsaur, que certains militaires de réserve y participaient, que beaucoup d’actions se passaient la nuit, que les armes commençaient à affluer ……

Ces groupes de résistants étaient en lien les uns avec les autres :

Lorsqu’on relit la vie de Pierre Poutrain, de Paul Marie Radius, de Roussel et de tous les autres, on se rend compte qu’ils passaient beaucoup de temps à circuler dans la vallée, soit pour passer les informations d’un camp à l’autre, soit pour s’assurer que tout allait bien ou tout simplement pour apporter des vivres. Pierre Poutrain faisait jusqu’à 50 km par jour ! C’est d’ailleurs comme ça qu’il s’est fait arrêter : épuisé après une nuit de marche (dont le col du Noyer) il s’est endormi dans une sorte de bergerie (à quelques centaines de mètres de son camp) et a été trahi. Pour lire son parcours cliquez ICI.

Mais ces groupes étaient en lien aussi avec d’autres régions comme la Drôme, le Vercors, l’Isère, la Haute Savoie. En juillet 1944, lorsque le colonel Drouot l’Hermine arrive de la Drôme pour préparer le débarquement et favoriser la remontée des Alliés vers le Nord-Est, il trouve la région du Champsaur prête aux combats. Le tissu de Résistance était en place, fédéré par ces incessants déplacements.

Les commandos l’Hermine (qui ont pris une part si importante) seront donc composés essentiellement de Résistants qui étaient déjà sur place entre 1942 et 1944.

Résultat :

Ils poursuivront les allemands jusqu’à la frontière, participeront aux batailles d’Héricourt, Belfort, Bourbach et enfin Bischwiller. Les combats seront très rudes et 82% des  hommes des commandos L’hermine seront tués !

 Cacher toutes les personnes susceptibles d’être arrêtées :

 Les juifs, les résistants connus, les jeunes qui refusaient le STO…..Ces personnes  trouvaient refuge, soit dans la montagne (comme dans le Vercors) soit chez l’habitant. A Chauffayer deux familles juives ont été cachée par Jean Jourdan, instituteur révoqué par Vichy : ces deux familles ont été sauvées (nous l’évoquions déjà plus haut).
La résistance procurait à ces jeunes (et moins jeunes) des fausses pièces d’identité, grâce d’ailleurs à l’administration française, des papiers qui les rajeunissaient afin d’éviter le travail obligatoire (STO).

C’est à cause de ces faux papiers que le groupe de « Prégentil  » s’est fait démasquer. Un collabo s’est introduit dans le groupe, a repéré les faux papiers, les habitudes du groupe, et les allemands sont intervenus et ont fait une rafle (novembre 1943).

Distribution de tracts et de revues dans tout le Champsaur et à Gap.

C’est le groupe de Saint Léger créé dès 1939 (et seul groupe pendant 2 ans environ) qui va non seulement réfléchir à mettre en place la Résistance sur le secteur (et dans le Dévoluy) mais encore va éditer tracts, revues, faux papiers, faux bons de requisition allemands…..

Ce groupe éditera les revues  Vérité, Liberté, Petites ailes, Combat, Témoignage Chrétien. Ce sont les 2 frères Gaston et Raymond Ribaud qui feront ce travail au péril de leur vie dans une petite imprimerie de la Rue Bresson à Gap. Certains lycéens participèrent au péril de leur vie à la distribution de tous ces papiers.

Personnellement je pense que les faux papiers que donnait le Père Louis Poutrain à ses jeunes dans le Lycée professionnel provenaient de cette filière. Pourquoi ? Parce que tous les documents historiques parlent de cette imprimerie et je ne vois pas comment une deuxième imprimerie aurait pu rester (surtout après la guerre) complètement inconnue.

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La catastrophe en septembre 1943 

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Arrivée des Allemands dans le Champsaur en septembre 1943

Suite au débarquement des alliés en Afrique du Nord, les Allemands envahissent à partir du 11 novembre 1942, la zone libre. Ils tiennent à occuper le Sud de la France pour empêcher le débarquement en Provence.

Par contre dans le Champsaur  les allemands n’arriveront qu’en septembre 1943. Les italiens doivent alors partir. Mussolini rouspète beaucoup, gesticule encore plus et plie bagages…Nous le disions plus haut, les Italiens laissent quelques armes aux Français soit par négligence (manque de temps) soit pour les aider.

L’arrivée de l’armée allemande change complètement l’ambiance. Tout se durcit. La Résistance aussi. Les exécutions se multiplient, la villa Mayoli à Gap devient un lieu d’interrogatoire et de torture.

 

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Quelle tristesse ! Sur agrandissement, on voit plusieurs soldats sourirent. C’est à remettre bien-sûr dans le contexte de l’époque !

Les Allemands  comprennent que la résistance s’est installée dans la vallée Champoléon (4 grands Maquis), s’est installée aussi  à Pont du Fossé (dans le domaine de Prégentil), dans le village de Saint Jean (chez monsieur le curé !!), à  Chauffayer,  que des jeunes déserteurs du STO circulent à Saint Firmin……..

Ils décident en novembre 1943 de faire le grand ménage. Il seront malheureusement aidés dans leur tâche  par quelques collabos. Pour le Champsaur c’est le jeune Grasset  qui fît le plus de mal. A cause de lui, 172 Champsaurins furent déportés et seulement 89 survécurent.

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En novembre 1943, la  dramatique rafle de Prégentil à Pont du Fossé

Dans la nuit du 12 au  13 novembre 1943 la Gestapo et la Whehrmacht ( 400 soldats )  attaquent simultanément le village de Saint Jean (la cure de l’abbé Poutrain) où ils arrêtent toutes les personnes présentes, le lycée de Pont du Fossé (ouvert par l’abbé Poutrain), les maquis de Champoléon à savoir les Borels, les Tourronds, les Méollions.  Les  résistants de ces camps, avertis à temps, avaient pu quitter les lieux pour fuir dans la montagne. Le camp des Garnauds qui se situait juste à l’entrée de la vallée de Champoléon sera épargné…

Explications :

Nous avons parlé à plusieurs reprises (un peu plus haut) de l’abbé Louis Poutrain, curé du village de Saint Jean, commune de Pont du Fossé. Voici comment il devint progressivement Résistant.
Touché par la difficulté des jeunes Champsaurins à trouver du travail dans la région, ce prêtre avait fondé en 1941 un lycée professionnel pour l’enseignement de la menuiserie (son frère Pierre l’avait rejoint en 1942 après s’être échappé d’un camp de prisonnier). Créer un lycée : rien de répréhensible. Mais en 1942 ils accueillirent 20 jeunes Alsaciens (logés à la cure de St Jean) qui ne voulaient pas être enrôlés dans l’armée allemande puis dans la foulée accueillirent également une vingtaine de jeunes réfractaires au STO ( logés dans le lycée : de faux papiers leurs permettaient de tricher sur l’âge et donc de rester au lycée). Tout cela était bien-sûr en lien avec la Résistance locale. Les jeunes qui le désiraient partaient ensuite vivre dans les Maquis de Champoléon. D’ailleurs, Pierre Poutrain faisait à pied d’incessants aller-retour entre le Maquis (il était responsable des Garnauds) et le village de Saint Jean. Pour lire l’histoire peu commune de Pierre Poutrain (fusillé en 1944) Cliquez ICI.

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 Louis poutrain

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Photo transmise par M. Robert Faure  (historien du Champsaur et journaliste). C’est dans ce bâtiment que l’abbé Poutrain avait fondé en 1941 une école professionnelle pour l’enseignement de la menuiserie.

Donc, comme nous l’annoncions plus haut, dans la nuit du 12 au  13 novembre 1943 la Gestapo et la Whehrmacht ( 400 soldats )  attaquèrent simultanément :

le village de Saint Jean et surtout la cure de l’abbé Poutrain, plaque tournante de la Résistance.

le lycée professionnel (Pont du Fossé) où logeaient des jeunes réfractaires au STO.

les maquis de Champoléon à savoir les Borels, les Tourronds, les Méollions.  Les  résistants de ces camps, avertis à temps, avaient pu quitter les lieux pour fuir dans la montagne. Les allemands dépités brulèrent  toutes les maisons qui servaient de bases aux Résistants.

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Le Père Louis Poutrain à droite, quelques temps avant la rafle. Il fut donc arrêté ce fameux jour du 13 novembre 1943 sans ménagement et  déporté à Fussenburg …..d’où il  pût revenir après la guerre. Il a publié en 1982 un livre intitulé  » La Déportation Au Cœur d’Une Vie «  (Éditions du Cerf). J’ai eu personnellement beaucoup de mal à me le procurer car épuisé. Une internaute me l’a prêté……
A gauche le père Joseph, missionnaire capucin, photo de 1941 extraite du livre « Le Champsaur histoire et mémoire » de Robert Faure ….

Le déroulement de cette rafle :

Les allemands cernent  donc le village de Saint Jean, investissent l’église, le presbytère, le lycée professionnel, et font une fouille systématique. Ils tirent à tort et à travers au point que le Père Poutrain ( à son retour de déportation )  qualifiera ces tirs de mortier et de mitraillettes de « totalement inutiles et ridicules « .

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Il s’agit du presbytère où le père Poutrain logeait les jeunes alsaciens. A deux reprises au moment de l’arrestation le Père aurait pu s’échapper…..mais ne l’a pas fait. La première s’est passée de la façon suivante : prisonnier au rez de chaussée de la cure, le jeune allemand qui les gardait s’était endormi lourdement après une nuit difficile. Se réveillant, les yeux écarquillés, ce jeune leur demanda presque timidement : « tout le monde est-il là ? et le Père de répondre (je n’ose pas dire paternellement ) oui tout le monde !  » La deuxième opportunité se passa au moment où on les fît sortir de la cure et qu’ils marchaient dans un petit chemin. Le père Poutrain réalisa qu’ils étaient 3 gaillards accompagnés d’un seul allemand plutôt petit. Ils pouvaient à la faveur d’un effet de surprise le maîtriser et s’échapper par des petits chemins qu’ils connaissaient bien mieux que les allemands. Ils ne le firent pas…..

Les allemands repartent avec les prisonniers, dont le Père Louis Poutrain (qui sera déporté jusqu’à la fin de la guerre : dans son livre il signale qu’il n’eut la vie sauve que par le hasard des circonstances et l’aide d’un co-détenu qui le fera boire à la petite cuillère pendant 15j alors qu’il était dans le coma et bouillant de fièvre..), le Père de La Briolle (qui sera libéré quelques jours plus tard après intervention de l’Eveque de Gap : en effet ce prêtre n’était que de passage à Prégentil ), les jeunes alsaciens de la cure, la famille Demontis (avec leur bébé de quelques mois : la mère et l’enfant seront libérés rapidement. Proto Demontis suivra le chemin de la déportation avec le Père Poutrain), la cuisinière et son mari  (qui seront libérés quelques mois plus tard ) François Lauzier de Chaillol ( qui mourra en déportation  à Mauthaussen le 19 Aout 1944 sans avoir vu la naissance de son 7eme enfant : ce sera une petite fille, 64 ans aujourd’hui.) ……. Beaucoup  vont suivre l’horrible chemin de la déportation, en passant tout d’abord par  la célèbre villa Mayoli à Gap, les Baumettes à Marseille puis direction l’Allemagne,  Fussenburg pour beaucoup ( espérance de vie 3 mois maximum ).
Le frère du prêtre, Pierre Poutrain fut capturé dans sa cache ( cabane) comme nous le disions plus haut,  quelques semaines plus tard, torturé à la villa Mayoli et fusillé le 19 juin 1944, c’est à dire quelques jours avant la libération avec quatre autres résistants. Son corps fut transferré le 22 Aout 1946 dans le cimetière tout proche de la cure de « Saint Jean » sur demande de son frère Louis Poutrain (après son retour de déportation ) .

Louis-Poutrain.jpg        Le Père Poutrain décoré de la légion d’honneur en 1975 ( 81 ans ).

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Cette rafle de Prégentil eût  lieu grâce aux renseignement donnés par un jeune collabo (Grasset ) qui était arrivé à s’introduire à la cure, de nuit, et à découvrir les faux papiers que le Père Poutrain utilisait pour ses jeunes.

Dans son livre  » la déportation au coeur d’une vie » , le père Poutrain  se posait la question de savoir s’il n’avait pas manqué de prudence  en se faisant livrer par exemple directement au presbytère toute la nourriture de ses hôtes (20 alsaciens) alors  qu’il aurait dû se faire livrer au Lycée puis ensuite transférer la nourriture de nuit  en cachette. Avait-il été imprudent également en laissant les papiers de ses jeunes hôtes dans un tiroir de son  bureau ? Beaucoup trop de gens dans le village connaissaient son activité.
Lorsque le jeune collabo est arrivé à Prégentil, il a été rapidement renseigné et a trouvé les papiers sans difficultés.
Mais laissons ces questions de côté et retenons surtout le courage et la générosité de ce prêtre dans un moment si difficile.

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Ce dessin a été réalisé par Paul Ducatez (qui me l’a transmis) . Il représente les résistants de la vallée de Champoléon déjeunant aux Tourronds, à leur camp de base (en montagne), fêtant avec le colonel Daviron l’armistice du 11 novembre 1918. Le camp a été attaqué le 12 novembre…le lendemain. Ce dessin a été réalisé à partir d’une photo retrouvée à la Gestapo au moment de la Libération. (photo volée à priori par un colabo du nom de Grasset et donnée à la Gestapo). Quant à ce dessin il est sur la première page d’un recueil de souvenirs, constitué par M. Ducatez (qui faisait parti du groupe) et que sa famille  vient de me faire parvenir. Ce document très intéressant  m’a permis d’aller beaucoup plus loin dans mes recherches.

  

Le même collabo permit en décembre 1943 , une deuxième rafle dans le village de St Firmin .

Se faisant passer pour un séminariste, qu’il n’était pas bien-sûr, il organisa une soirée de Réveillon à St Firmin.
Vingt jeunes réfractaires au STO s’y rendirent  et en pleine fête, la Gestapo débarqua. Ce traître prétextant des nausées s’était éclipsé quelques minutes avant. Quant aux vingt jeunes, ils furent arrêtés et déportés ……dix arrivèrent à s’échapper pendant leur transfert, les uns à Dijon ( 17/03/1944) les autres à Paris ( 19/03/1944 ). Six furent déportés, quatre partirent pour l’Allemagne dans le cadre du STO.  Les  jeunes filles présentent à cette soirée, restèrent libres.

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La rafle se passa dans cette maison qui se trouve en haut du village de St Firmin. (La photo peut être retirée sur simple demande)

Par l’intermédiaire de  ce traitre, les allemands se rendirent compte de l’importance de la Résistance sur le secteur  et du nombre de réfractaires aux STO. A cause de lui  172 Champsaurins furent déportés, d’une façon ou d’une autre et seulement 89 survécurent. Ce jeune collabo toucha 800 francs (soit 8 nouveaux-francs ) pour cette basse besogne.

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Saint-Firmin-Valgaudemard.jpg Le village de Saint Firmin où se déroula la rafle de décembre 1943.

L’émoi fut tel dans le village de St Firmin et la région que les gendarmes se sentirent obligés d’enquêter sur ce jeune. Mais  cela ne relevait pas de leur compétence. La Gestapo intervint quelques heures plus tard, prévenue à nouveau par  ce traitre. Les quatre gendarmes ont été arrêtés mis en prison pendant 4 mois. L’un d’eux rencontra le Père Poutrain aux Baumettes à Marseille et ils comprirent ensemble qu’ils avaient été trahis par le même jeune.
On apprit plus tard, à la libération, que plusieurs membres de la famille de ce jeune, avaient été résistants à Toulon !

Qu’est devenu ce collabo ? Dans aucun document son nom n’est mentionné et encore moins dans le livre du Père Poutrain qui est très discret  sur cet homme ( Seul un document écrit par Richard Duchambo signale qu’il s’agissait du jeune Grasset). Aucune indication n’est donnée sur son devenir. Je suppose qu’une enquête a eu lieu après la libération puisqu’il est question de sa famille qui fût résistante.

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-1 / Résistance dans le Champsaur de 1939 à 1944 :     Cliquez ICI.
-2 / L’action du Lieutenant Colonel Drouot l’Hermine dans les Alpes à partir de juillet 1944 Cliquez ICI.
-3 / Le débarquement de Provence et la remontée des troupes alliées. Cliquez ICI  .
-4 / Champsaurins morts pour la France (noms et circonstances)   Cliquez ICI.
-5 / Paul Héraud : chef de la Résistance dans le Champsaur.  Cliquez ICI .
-6 / Pierre Poutrain  : un Résistant exceptionnel….fusillé le 19 juin 1944 : Cliquez ICI  .
-7/ Paul-Marie Radius : Saint-Cyrien, Grand Résistant…..fusillé le 10 juillet 44 à 24 ans. Cliquez ICI .
-8 / Histoire d’une famille juive dans le Champsaur  cliquez ICI . 
-9/ Léon Michel : ancien résistant passé à la Gestapo. Une histoire sidérante.  Cliquez ICI.
-10 / Ange Zanotti : résistant dans le Champsaur. Lettre de sa famille Cliquez ICI .
11/Aimé Roux : résistant dans Champsaur, mort en Indochine Cliquez ICI.

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