Résistance dans le Champsaur de 1939 à 1941

 

La RESISTANCE 39-45 dans le Champsaur

Méconnue et pourtant réélle, la Résistance dans le Champsaur entre 1939 et 1945 a eu ses grandes heures, avec des résultats parfois douloureux, comme le combat de Laye, mais aussi exceptionnels comme la Libération de Gap le 20 Août 1944 réalisée uniquement par les maquisards. Les historiens ont reconnu aujourd’hui la vigueur de cette Résistance locale et le soutien particulièrement actif de la population.

Un petit rappel d’histoire

Le 24 juin 1940 : La France capitule et l’armistice est signée avec les Allemands. Lors des négociations, les Italiens revendiquent l’occupation d’un territoire très étendu allant jusqu’au Rhône et demande l’annexion de Nice, de la Corse et de la Savoie. Hitler refuse les prétentions énormes de Mussolini alors qu’il n’a gagné aucune bataille dans les Alpes.

Carte-occupation-italiens1Au Nord, la zone occupée, au sud la zone libre, dans le sud-est les 3 flèches rouges indiquent l’avancée des Italiens après l’accord du 24 juin 1940.

 

Fin juin 1940 : les Italiens vont donc occuper une zone frontalière de 800 km² qui touche partiellement quatre départements, à savoir les Alpes-Maritimes, les Basses-Alpes, les Hautes-Alpes, la Savoie. Ils s’installent à Gap et n’en repartiront qu’en septembre 1943 sur demande expresse d’Hitler qui alors voudra occuper toute la France. Il pressent depuis le 11 novembre 1942, jour du débarquement en Afrique du Nord des Alliés, qu’un débarquement pourrait avoir lieu dans le sud de la France.

Angel Amar, ancien Résistant, précisait lors d’une conférence que les militaires français prévenus de l’arrivée des Italiens en juin 1940, avaient vidé les casernes et soigneusement caché les armes. Lui-même, en octobre 1942, rejoindra comme beaucoup du 159eme RIA (150 hommes au total) le maquis de Champoléon. Il sera responsable de la logistique des Borels sous les ordres du capitaine Henri Baudel.

Le Champsaur a donc un statut très particulier : il est à partir de juin 1940 sous occupation italienne. Avec les Italiens, les choses se passent bien. Ils sont bienveillants, peu regardants et Richard Duchamblo ( prêtre de son état, Résistant, grand historien de cette période) utilise même le terme de « débonnaires ». Très corrects, ils ferment les yeux sur de nombreuses choses. Certes pendant trois ans la région manque de tout mais n’a à se plaindre ni de violences ni de bombardements. D’ailleurs lorsqu’en Août 1944, la ville de Gap est libérée, certains Italiens reviendront en France, sur initiative personnelle bien-sûr, pour se battre aux côtés des Français et lutter contre le Nazisme. Nous pouvons lire aussi dans le journal de Paul Ducatez (jamais édité) qu’au départ des Italiens en septembre 1943 beaucoup d’armes avaient été abandonnées, soit pour aider les Français, soit par négligence car les Allemands leurs laissaient très peu de temps pour quitter les lieux. Pour mémoire l’hôtel Lombard de Gap a longtemps porté les traces d’impacts de balles sur sa façade suite à ces accrochages entre Italiens qui devaient partir et Allemands qui arrivaient. Ils étaient pourtant alliés !

Des Champsaurins m’ont signalé qu’il y avait eu également entre Français et Italiens du troc « armes contre nourriture ou contre services rendus .»

Donc en 1940, la population n’est pas vraiment remontée, dans le Champsaur, contre l’occupant italien.

 

Début de Résistance en 1941

 

En 1941, le groupe de Saint Léger les Mélèzes commence à faire parler de lui.

Ce groupe s’était constitué en 1935 (nous écrivons bien 1935)  à Saint-Léger-les-Mélèzes dans une propriété appartenant à Marcel Arnaud, hôtelier à Gap, pour réfléchir aux questions politiques du moment, réfléchir également à l’idée d’un retour à la terre en fondant des fermes coopératives. Le commandant Mauduit futur responsable du groupe de Résistant « La chaîne » du Château Montmaur (mort au retour de la déportation) y participait ainsi que Gaston Faure, les frères Ribaud (imprimeurs à Gap), Jules Gueydan, Georges Rosanvallon, Madeleine André et Germaine Graindor-Warenguen, Fernand Belot, Maurice Rauber, Auguste Queirel, H. Poulizac, Lucette Pagel, Irénée Brochier, Marcel Légaut, Paul Reuter et bien d’autres… Ce groupe était sous la houlette de l’abbé Péretti, l’abbé Justin Verney, l’abbé Paul Chevalier. Le Père de Lubac (jésuite, théologien, devenu plus tard Cardinal) a participé à plusieurs reprises à ces réunions. Parmi les participants on compte de nombreux universitaires.

Ce groupe d’intellectuels « chrétiens-sociaux » va être dans les années qui suivent (1941, 1942, 1943, 1944) le centre névralgique et intellectuel de toute la Résistance dans les Hautes-Alpes et de son organisation (nous y reviendrons plus tard). Un deuxième groupe, issu de St Léger, verra le jour à Château Montmaur (près de Veynes) grâce au commandant Mauduit.

Mais la base ne suit pas… Dans la région en 1941, rien ne pousse vraiment la population à se soulever ou à résister.

Le grand virage de Juin 1941

 

Le 10 juin 1941, se produit un événement majeur : l’URSS est attaquée par les Allemands malgré un pacte de non-agression.

En début de guerre les communistes français étaient assez réservés quant à la Résistance. L’Allemagne avait en effet signé un pacte non-agression à l’égard de leurs camarades d’URSS. Ils attendaient et demandaient à voir. Mais en juin 1941 tout change pour eux. Les Russes sont attaqués, ils rentrent massivement dans la Résistance (pour la plupart FTP). Le 22 Juin 1941, le journal clandestin « L’humanité » appelle à la « lutte sans merci contre l’Occupant et les Collaborateurs ».

Le Champsaur suit donc le mouvement et la Résistance s’organise sous l’impulsion des communistes de la vallée. Il est à retenir qu’ils auront pendant toute la guerre un rôle très important d’organisation et d’initiative. Paul Héraud, chef de la Résistance de tout le secteur sera lui aussi FTP.

La Résistance s’organise sous forme de Trentaine

Dans les Hautes-Alpes elle a pris une forme particulière à savoir des groupes de 30 hommes, appelés des « Trentaines ». Il y en aura plusieurs, formées soit selon les affinités politiques (les communistes seront affiliés aux FTP), soit par secteurs géographiques (un même village par exemple), ou encore par connaissance et amitié. En tout cas ces Trentaines étaient formées de sédentaires, c’est à dire des gens du lieu, à la différence des militaires, des réfractaires au STO (surtout en 1943), des Juifs, des alsaciens… qui arriveront plus tard en 1942 et 1943 en provenance d’autres régions pour fuir les Allemands et qui intègreront plutôt les différents Maquis, installés dans la montagne.

Voici quelques noms :

  • La Trentaine Piot de Molines ( à priori FTP, communistes)

  • la Trentaine de Saint Bonnet qui mettra plusieurs mois pour s’organiser mais qui participera activement à la Libération.

  • la Trentaine d’Elisée Ebrard de St Laurent du Cros. C’est cette Trentaine qui s’accrochera très durement avec les Allemands à Laye en 1944. Nous aborderons plus loin ce combat, étonnant, critiqué autant par les autres Trentaines que par les gens du village de Laye. Les choses semblent avoir été mal organisées et 4 morts seront à déplorer côté français et le village de Laye incendié.

  • la Trentaine Roux-Mourenas de Saint Firmin. Le parcours de René Mourenas est décrit plus loin.

  • la Trentaine de Saint Léger (chef Ariey)

  • la Trentaine des Bonnettes qui fera parler d’elle à la Libération

  • la Trentaine de Jean Jourdan à Chauffayer (instituteur révoqué par Vichy). Dans cette Trentaine se trouvait un tout jeune Résistant de 15 ans, qui plus tard deviendra professeur de médecine à Paris, le Pr Marcel Francis Kahn. Il nous a donné de nombreux renseignements et communiqué plusieurs journaux d’époque.

  • la Trentaine de  M. Gras à Chauffayer (instituteur également)

  • Trentaine du Buech (Dévoluy mais en rapport avec le Champsaur. Même secteur de Résistance).

  • la Trentaine d’Ancelle. Le chef de cette trentaine était Louis Boisramé qui fut tué le jour de la libération de Gap, le 20 Août 1944. Grièvement blessé, il est mort quelques heures plus tard. (voir plus loin). C’est en voulant poursuivre un chef de la Gestapo un certain Guerlitch en fuite avec ses soldats vers Briançon que le combat s’est engagé à Pont-Sarrazin et qu’il a été mortellement touché.

  • groupe de la Fare qui accrochera durement les Allemands de Vizille le 20 Août 1944 au niveau de Bonnette. Certains Champsaurins affirment que cette Trentaine de la Fare était celle de Piot (donc idem Molines). D’autres disent que c’était 2 Trentaines distinctes.

  • La Trentaine de Chabottes qui sera en réalité une « sizaine » en 1941

  • En 1941, le groupe du père Louis Poutrain à Saint Jean commence à voir le jour. Il prendra une importance considérable en 1942. Nous y reviendrons.

et bien d’autres…

Les Champsaurins distinguaient volontiers les Trentaines du Bas-Champsaur (+ Valgaudemar) (secteur A) de celles du Haut-Champsaur (secteur H), ce qui fut encore plus vrai en 1944 lors du passage pour tous les maquisards sous la bannière des FFI. Il faut également signaler que les Trentaines ont été assez mouvantes et ont varié au cours du temps, en fonction des effectifs et des évènements.

Important : Nous distinguons artificiellement au cours de cet ouvrage les Trentaines (personnes du secteur) et le Maquis (venant de l’extérieur à partir de 1942 surtout) pour tenter de bien cerner la situation. En réalité, d’un bord ou de l’autre, beaucoup de ces hommes vivaient dans la montagne, cachés, ne dormant jamais au même endroit, se cotoyant au gré des besoins et combattant sous la même bannière des FFI sur la fin en 1944.

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Trentaine-Piot-Champsaur

Photo inédite, transmise par Mme Roux Laurent. Trentaine Piot

La trentaine Piot de Molines en Champsaur était plutôt d’obédience communiste. La photo a été prise au dessus de Molines, à la Londonière. Au premier plan sur la gauche Emile Piot (que certains Champsaurins n’ont pas reconnu sur ce cliché). Rien de mieux que de se retrouver en altitude dans les alpages pour parler de Résistance.

Des trentaines mais également des chefs

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En 1941, déjà quelques grands noms de la Résistance dans le Champsaur apparaissent dans les écrits de références : ainsi on apprend qu’en 1941 Paul Héraud, futur chef de la Résistance des Hautes-Alpes, entre en contact avec le général Cyvoct à Gap et avec le groupe « Combat » au niveau national, le commandant Mauduit participe dès 1939 aux réunions de Saint Léger et fonde le groupe « La Chaine » en 1941, Pierre et Louis Poutrain sont à l’oeuvre (à partir de 1941), Marcel Dufour (chef des FTP) est cité dès 1941…Donc les futures têtes pensantes de la Résistance sont déjà là en 1941 et sont signalées.  Ils remuent ciel et terre sans résultat palpable. Le Champsaur n’est pas encore prêt au combat. Mais cela ne va pas tarder sous l’effet d’événements convergents.

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-1 / Résistance dans le Champsaur de 1939 à 1941 :     Cliquez ICI.
-2 / Naissance et montée en puissance de la Résistance Cliquez ICI.
-3 / La grande année des maquisards en 1944 et libération de Gap  Cliquez ICI.
-4 / Libération des Hautes Alpes  Cliquez ICI  .
-5 / Champsaurins morts pour la France (noms et circonstances)   Cliquez ICI.
-6 / Paul Héraud : chef de la Résistance dans le Champsaur.  Cliquez ICI .
-7 / Pierre Poutrain  : un Résistant exceptionnel….fusillé le 19 juin 1944 : Cliquez ICI  .
-8/ Paul-Marie Radius : Saint-Cyrien, Grand Résistant…..fusillé le 10 juillet 44 à 24 ans. Cliquez ICI .
-9 / Histoire d’une famille juive dans le Champsaur  cliquez ICI . 
-10/ Léon Michel : ancien résistant passé à la Gestapo. Une histoire sidérante.  Cliquez ICI.
-11 / Ange Zanotti : résistant dans le Champsaur. Lettre de sa famille Cliquez ICI .
12/Aimé Roux : résistant dans Champsaur, mort en Indochine Cliquez ICI.
-13/ Souvenirs de guerre d’un petit enfant (JP Clot, chirurgien) Cliquez ICI.

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