Monseigneur Jean Eyraud

Monseigneur Jean Eyraud: procès de béatification en cours.

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 Monseigneur Jean Eyraud  est né le 11 novembre 1880 au Glaizil. Il est décédé aux Etats Unis le 5 février 1968 . Il a laissé un souvenir extraordinaire auprès de ses paroissiens et dans son diocèse. Aux dires de tous, sa vie fut exemplaire et sa charité remarquable.  Un procès de béatification a été ouvert le 3 novembre 2001 ( Nihil Obstat) !  Un livre est sorti aux Etats Unis intitulé « Pere, the Little Frenchman  » qui a été écrit par  Darlène Labranche. Il a été question que ce livre soit traduit en Français aux alentours de 2004 mais la chose ne s’est pas faite jusqu’à ce jour.

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Quelques explications :

1Tous les documents le concernant et qui sont en ma possession, ont été écrits en anglais ( y compris le livre « Pere, the Little Frenchman « ). Le travail a donc été considérable.
2- Mon Site  est centré sur le village du Glaizil et je me devais de parler de Mgr Eyraud et de sa possible béatification. ( aucun site internet n’en parle).
3- Que toute personne qui a des renseignements sur Mgr Jean Eyraud n’hésitent pas à me contacter

 

Son enfance s’est déroulée au Glaizil.

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 Maison natale de Mgr Jean Eyraud au Glaizil.  

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Mgr Jean Martin Eyraud est né au Glaizil le 11 novembre 1880 et a grandi  dans un site exceptionnel. Frère Pat B. Sander (postulateur) qui est venu des Etats Unis pour enquêter sur  Frère Jean Martin Eyraud s’exclame dans un journal américain (diocésain)  » C’est une vue incroyable que le petit Jean a pu contempler chaque matin dès les premières années de sa vie ….. ».

 

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Le village du Glaizil et ses environs (en haut à droite, Chauffayer).

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Les parents ont eu cinq enfants.

Marie Ernestine Eyraud née le 20 février 1877,
Clémence Isoline Eyraud née le 6 novembre 1878,
Jean Martin Eyraud né le 11 novembre 1880,
François Joseph  Eyraud né en 1882,
Florentin Ernest Eyraud né en 1885.
Mais le  jeune Jean Martin perd  ses deux jeunes frères : François-Joseph né en 1882, mort  en bas âge et Florentin-Ernest  né en 1885, mort à l’âge de 5 ans. La mort de ses deux jeunes frères marqua profondément Jean.  Il est donc le seul garçon à être arrivé à l’âge adulte.
Très jeune il a le désir de devenir prêtre.
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DSCN1633.JPG L’église du Glaizil  où Jean Martin a été baptisé et venait assister à la messe.

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Acte naissance de Mgr Eyraud

.L’acte de naissance de Mgr Jean Eyraud ! Un document exceptionnel qui m’a été adressé par M. François Servel ( il a écrit plusieurs articles dans ce blog sur le Glaizil ). Il a été surpris car c’est son arrière-grand-père qui a signé cet acte de naissance ( 30 décembre 1880) alors qu’il était maire du village.

 

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Eglise du Glaizil L’église a été construite en 1850.  Mgr Eyraud y a donc été baptisé 30 ans après sa construction.

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L’oncle de sa mère Rosalie  ( 1841-1901),  était prêtre à Gap ( Père Joseph Provençal) . Cet oncle instruit s’intéressa personnellement  à Jean Martin  et lui donna un enseignement primaire jusqu’à ce qu’il entre en 1893  au « Petit Séminaire » d’Embrun. Puis en avril 1896 ( il a 16 ans) il continue ses études secondaire à Grenoble. Ses professeurs remarquent que c’est un élève doué et intelligent ( les 2 qualificatifs sont utilisés par ses biographes). Il est bachelier l’été 1899 : il a 19 ans.

Entrée au séminaire de Gap à un moment politique très particulier.

Il entre au séminaire de Gap à l’âge de 19 ans et fait ses études de 1899 à 1904. Plusieurs évènements marquent cette période de séminaire:
– pendant un an il doit faire son service militaire ( 1900 à priori ). En tant que séminariste , il est affecté dans les hôpitaux militaires ( 22eme régiment d’infanterie).
– il reçoit la tonsure le 21 décembre 1901 de Mgr Prosper Berthet à Gap.
– le 29 juin 1902 il reçoit les Ordres Mineurs,
– le 29 juin 1903 il devient diacre.
– enfin son ordination est retardé de quelques mois car il n’a pas encore 24 ans.

Il est finalement ordonné prêtre le 29 juin 1904 en la cathédrale de Gap et va dire sa messe d’action de grâce,  le lendemain, à Notre Dame du Laus, lieu d’apparition mariale qui se trouve à 15 km environ de Gap. Frère Patrick B. Sander de la commission d’enquête ( Postulateur ) voit dans cet évènement l’influence spirituelle de Notre Dame du Laus sur le jeune Jean Martin Eyraud.
Les jours qui suivent Père Jean  apprend qu’il est nommé vicaire par son Evêque à la cathédrale d’Embrun, où il restera de 1904 à 1910.

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Mais voilà : le 09 décembre 1905, coup de tonnerre en France !

Le 9 décembre 1905 en effet, Aristide Briand ( député socialiste) arrive à faire adopter par le parlement une loi sur la « séparation de l’église et de l’état », suivie de très peu ( le 29 décembre 1905) par l’obligation de réaliser un inventaire de tous les biens d’église. Les édifices construits avant cette date devenaient propriété de l’État pour les cathédrales ou propriété des communes pour les paroisses. Cette loi se préparait depuis 25 ans et Aristide Briand est arrivé à la faire passer.

Les français le vivent plus ou moins bien. A Gap les locaux de l’évêché se transforment en bureaux du consul général. L’évêque est expulsé à la stupéfaction générale. Quelques jours plus tard lorsque les soldats veulent pénétrer dans la cathédrale pour récupérer l’inventaire, de nombreux paysans, fourches à la main, en interdisent l’accès. Les tensions furent très fortes.

 

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M. Robert Faure ( historien du Champsaur  qui a écrit de nombreux articles dans ce blog ) me signale  « qu’il y a eu en effet des échauffourées dans plusieurs paroisses du Champsaur lors de l’inventaire des églises , notamment à Saint Laurent du Cros, à Saint Julien, et à Chaillol« .
Toute la France est touchée…..

Voici un autre évènement marquant, qui s’est déroulé à la Chartreuse du Reposoir en 1905.  Je vous le raconte de mémoire. Les soldats arrivent donc au monastère qui se trouve dans la montagne  pour l’évacuer. Les cavaliers forment une haie à la porte pour encadrer la sortie des moines. Leur chant se fait entendre puis ils sortent en procession de leur monastère sous le regard consterné des habitants de la région.
La stupéfaction est à son comble lorsque le commandant descend de son cheval, se tourne vers ses soldats, dégaine son épée, et la casse sur sa cuisse d’un geste sec ( ce qui équivaut  à une dégradation, au tribunal militaire,la mise aux arrêts jusqu’au jugement et un renvoi « de facto « ) puis revient vers les moines et se met à genoux. Soldats et paysans sont ébahis…..Cet évènement montre à quel point la société française était partagée. Dans l’armée certains étaient contre cette loi. Il est très probable que certains paysans étaient pour…..

Un  autre accident se produisit dans le Velay,  le 27 février lors de  l’inventaire de la Chapelle du pèlerinage de Champels (commune de Monistrol-d’Allier). Une fusillade éclata faisant des blessés graves…..la France allait elle basculer dans la révolution ?

Le ministre de l’Intérieur Georges Clemenceau décide de renoncer aux opérations d’inventaire dans les cas où elles rencontrent une résistance violente. Georges Clemenceau déclara alors « quelques chandeliers ne valent pas une révolution ».

Voilà donc une période bien compliquée pour notre République !

 

Mais revenons au Père Jean qui vit ses premières années de sacerdoce à Embrun.

En octobre 1905, Mgr Berthet l’envoie à la faculté catholique de Lyon pour parfaire ses connaissances et lui permettre dans le futur de devenir enseignant. Lui aussi a discerné en Jean Eyraud quelqu’un de doué.
Mais la mort de son Père,  Zozine-Florentin Eyraud ( 1850-1905), l’oblige à quitter Lyon, à revenir au Glaizil et à assumer les responsabilités de sa famille pendant plusieurs mois.

1905 à 1909 : il est vicaire à la cathédrale d’Embrun. Il est déjà très apprécié. Difficultés financières: les prêtres n’ont plus aucuns revenus. Un départ vers les Etats Unis est envisagé.

1909 à 1910 il est nommé à la cathédrale de « Gap ».
Au cours de cette année 1909, la Providence permit que le Père Jean Eyraud soit poursuivi voire harcelé par les avances d’une jeune femme du village de Saint-Bonnet, qu’un ami de longue date, le Père Blanchard,  qualifiait « d’hystérique ». Très affecté par cette histoire sans fin, il partit passer quelques semaines en Hollande puis fit une longue retraite dans un monastère près de Paris. Il semble que cet évènement ait poussé le frère Jean à prendre la décision de partir aux USA avec cinq autres prêtres du diocèse.
Il reste quelques mois encore près de son évêque ( comme 3eme aide précise le livre) avant de partir définitivement.
Il part finalement vers la Louisiane avec cinq autres confrères. Il arrivent la-bas en juin 1910.

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Son arrivée aux Etats Unis ( Louisiane ) en juin 1910.

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USA-Louisiane.jpg Carte des USA montrant l’émigration française au 19eme et début du 20eme  siècle. Trois états sont concernés principalement ( je les ai mis en clair) : le Wyoming, la Floride et la Louisiane…..où le Père Eyraud est nommé.

 

1ere Nomination: la cathédrale Saint Louis de la Nouvelle-Orléans.

1910-1911 : Il est nommé  à la cathédrale Saint Louis de la Nouvelle-Orléans auprès de Monseigneur JJ Laval, qu’il appréciera beaucoup. Il aimait effectivement travailler avec lui. Au bout de sept mois Mgr Laval fut muté et remplacé par Mgr Scotti. Ce départ affecta le Père Jean. Il travailla ensuite 2 ans avec Mgr Scotti.

Je vous rapporte un commentaire de Pat Sander ( vice-postulateur ) concernant l’arrivée du Père Jean aux Etats-Unis   : « Cela a été  une grande perte  pour le Diocèse de Gap mais une merveilleuse bénédiction pour l’Archidiocèse de la Nouvelle-Orléans ». !!
1911-1913 ( il a 30 ans ) : il est vicaire à la cathédrale de Saint Louis en Haute Louisiane. Pendant plusieurs mois, ne connaissant pas l’anglais, il fait ses sermons en Français ! Sa messe devient progressivement francophone, d’autant qu’il touche son auditoire. Voici ce que dit un ancien paroissien  « ….C’était un vrai plaisir de l’entendre parler cette belle langue et d’écouter  les leçons impressionnantes de foi qu’il nous enseignait « .
Toutefois l’adaptation au monde anglophone lui est difficile et il pense un moment revenir en France. Mais ses amis Champsaurins et en particulier le Père Graugnard l’en dissuadent.
Il monte une chorale composée de Français qui chantent un répertoire…..français. Les américains « sont ravis d’entendre cette douce langue chantée aussi bien….. ».

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Photo du Père Jean Eyraud datant de 1914, quatre ans après son arrivée aux Etats Unis. Cliché trouvé dans le livre « Père, The Little Frenchman ».
Ces trois premières années il prend des cours d’anglais auprès des soeurs de la « Sainte Famille » jusqu’au jours il considéra qu’il était apte à assumer sa charge de prêtre à Saint Louis.

Le  Père Eyraud commence à prêcher  en anglais ( 3 dimanches sur 4 ) et  en Français un dimanche par mois……mais les paroissiens français restent avec lui. Il y a beaucoup de monde à ses messes……et comme à Embrun on l’apprécie pour son extrême disponibilité et gentillesse.

 

2eme nomination : la Paroisse « Saint Thomas l’Evangéliste » en 1913.


1913
  ( il a 33 ans ) Il exprime son désir de prendre en charge la paroisse de « Saint Thomas l’évangéliste ». Lorsque l’archiprêtre apprit sa demande, il  lui dit: » Boy do you know what you are asking…..if you knew the mosquitoes of Pointe de La Hache…!! ». Cette réplique méritait le texte en anglais  » Garçon, sais-tu ce que tu demandes…si tu connaissais ces moustiques de la Pointe de La Hache et la pauvreté de la paroisse, tu ne voudrais pas y aller… ». Je me suis étendu sur cette réplique car il me semble qu’après 9 années de sacerdoce conduit par la Providence, c’est la première fois que le Père Jean-Martin pose un choix…accordé par sa hiérarchie et révélateur de son tempérament.

Il s’agit,  3 ans après son arrivée dans le diocèse de la Nouvelle Orléans, d’une belle marque de confiance de la part du clergé américain.

Il est donc nommé curé à la Pointe de la Hache et devient  responsable à part entière de la paroisse « Saint Thomas l’évangéliste ». Cette paroisse est non seulement pauvre mais elle n’avait plus de prêtre depuis un certain temps ! Elle couvre un territoire étendu ( 25 miles, soit 40 km de longueur ) , peu construit, « sauvage » précise le livre. Il se plonge dans cette nouvelle responsabilité avec beaucoup d’ardeur. Dans certaines zones, n’ayant aucun batiment d’accueil  pour la préparation à la première communion, il reçoit les enfants en plein air, leur faisant la catéchisme sous de grands chênes.

Pire: il y avait beaucoup de relachement dans cette paroisse et un manque total du sens « religieux » ( difficile à traduire de l’anglais) . Conscient de l’importance d’une bonne formation pour ses paroissiens, il fait des sermons percutants, et pour tous les âges. Il met beaucoup d’énergie à enseigner non seulement les évangiles mais également a inculquer le sens du religieux, du respect nécessaire lié aux sacrements par exemple.
Il crée un groupe de prière « Holy name society » ( je ne sais pas comment traduire, peut-être « Société du Saint Nom » ) en 1914.
Le Presbytère et les locaux sont dans un état déplorables ( Mgr Blenk en avait été choqué quelques années auparavant). Le père Jean répare, restructure, construit un presbytère correct. Mais voilà……

Un ouragan en septembre 1915 ( golfe du mexique) : le père sortait tout juste de travaux importants lorsque cet ouragan dévaste la région faisant de nombreux morts ( noyades en particulier par la montée des eaux du Mississipi….). Le nouveau presbytère construit en dur protège très bien l’église qui est plus ancienne. Les paroissiens se réfugient dans l’église car elle se trouve sur un monticule. L’eau monte à l’intérieur malgré tout.
L’ouragan terminé, tout le monde se met au travail pour dégager la boue qui se trouve à l’intérieur et faire les réparations nécessaires.

Mgr Blenk conscient de l’énorme travail que le Père Eyraud a fourni depuis deux ans, a peur qu’il se décourage devant l’ampleur des dégats occasionné par cet ouragan  et lui propose sa mutation à  » St Peter Catholic Church ». Le Père temporise ( en accord avec son évêque) dans un premier temps pour tout remettre en état !

Dans un deuxième temps, il accepte sa mutation à  » St Peter Catholic Church ». Ses paroissiens ont alors pris conscience qu’ils perdaient un saint prêtre. « Many St. Thomas the Apostle parishioners had tears in their eyes when Father Eyraud told them of his departure and…. «  Cette phrase aussi méritait d’être mise en anglais :  » De nombreux paroissiens de « Saint Thomas L’apôtre » avaient les larmes aux yeux lorsque le Père Eyraud leur annonça son départ et il prirent conscience qu’ils perdaient un saint prêtre…… ».

3eme nomination  : par Mgr Blenk à  » St Peter Catholic Church » en 1916 . 

                   

St Peter Church 1900Saint Peter church dans la ville de Réserve. Ce cliché m’a été adressé par M. François Servel ( originaire du Glaizil).
 

 

1916 ( 36 ans )  Il arrive à St Peter Catholic Church le premier vendredi du mois de juin 1916. Dans une interview de 1964 il précisait que jamais en 1916 il aurait pensé rester 47 ans en ce lieu. Et ce lieu vécut avec lui une véritable révolution……..

Son arrivée  : après avoir vécu une certaine pauvreté les neuf premières années de son sacerdoce, il est très surpris par cette paroisse qui ne manque de rien sur le plan matériel. Il fut tellement surpris qu’il l’appela « ma cathédrale »  pendant de nombreux mois. Et comme nos amis américains sont précis à ce sujet, le livre « Père, The Little Frenchman » nous dit qu’il passa de 300 dollars annuels à 1200 dollars….et le père apprécia cette petite largesse au niveau financier. Mais il en fît profiter les plus pauvres.

Il se rend compte toutefois qu’il y a un énorme travail de remise en ordre dans cette paroisse sur le plan financier et surtout sur le plan spirituel.  » Saint Peter avait tout l’air d’une paroisse mal suivie, mal financée. Il l’a transformée en une paroisse modèle dans l’Archidiocèse de la Nouvelle-Orléans. Encore aujourd’hui, les programmes, les organisations des écoles et des nouvelles paroisses que Monsigneur Eyraud a  instituées, sont toujours en place, servant d’héritage à ses convictions  religieuses et morales ».  ( extrait du livre PLF)

 

Saint-Peter-Church-Reserve.jpg                        La ville de Réserve en Lousiane . On comprend sur cette carte le problème des ouragans dans cette région ( golfe du mexique) .

 

La ville de Réserve ( Louisiane ) à cette époque était très connue pour ses dancings et ses salles de jeux. En conséquence, les hommes préféraient aller au bar pour jouer aux cartes que d’aller à la messe. Seules les femmes étaient présentes à la messe du dimanche. Le Père Jean Eyraud s’en était vite rendu compte.

Comme le curé d’Ars en d’autres temps, pour y remédier, il décida de visiter les paroissiens à leur domicile. Tous étaient frappés par sa douceur, sa bonté, et sa ferme détermination pour le salut des âmes. Le texte en anglais est ensuite explicite « Behind this kindness and gentleness, there was the zeal and determination of the Apostles. Like his Divine Master…. »
Traduction : « Derrière cette bonté et cette douceur , il y avait le zèle et la détermination des apôtres. Comme son Divin Maître…… » , il était prêt à être énergique pour le bien des âmes. Mais au delà des visites auprès des familles, que pouvait-il  pour ces hommes qui ne venaient pas à la messe ?  Inspiré,  il décida de négocier avec le bar le plus proche de la paroisse, pour obtenir une heure d’ouverture plus tardive,  après la messe du dimanche ! Etonnant……

Le « grand-petit Frenchman » commence à remplir son église. Mais les hommes se font  toujours rares. Il leur propose une messe hebdomadaire pour eux à 5h du matin.  60 participent à cette première messe. Mais le jour de Pâques 1916, grosse surprise, 700 à 750 hommes participent à cette messe de 5h du matin. Un telle affluence n’avait jamais été vue à St Peter Church, de tout temps…..

Le père Jean Eyraud était bon, affable avec tous, gentil ( je reprends les termes du livre) , sa voix toujours douce mais cela n’empêchait pas une détermination très enracinée à mener les âmes vers Dieu. Lorsqu’on lit tous ces qualificatifs, on peut parler de réelle charité…oui vraiment !

Petite reflexion personnelle :

A la lecture du livre de Darlène Labranche « The little Frenchman », on ressent une évolution très nette dans les expressions utilisées pour parler du Père Eyraud.

Première periode en France: cet enfant est repéré comme doué, intelligent, sérieux, pieux…….

Deuxième période à son arrivée aux USA : le Père Jean est qualifié de « déterminé », aucun obstacle ne l’arrête dans sa mission, il repère de loin les problèmes et il a de grandes capacités d’organisation.

Troisième période à St Peter Church à Réserve : on sent un homme plus mûr, très attentif à ses paroissiens, au salut des âmes. Il est bon, affable, patient, charitable à l’extrême, ses sermons remuent ses paroissiens…..

Avec les années, toutes ces qualités se conjuguent pour faire de lui un prêtre accompli…..

Le temps des grandes réalisations ( 40 ans ).

 » Celui qui médite la Parole de Dieu jour et nuit porte du fruit en son temps…. »  ( visible ou invisible) .


Monsignor Jean Eyraud à 40 ans                                                          Le Père Jean Martin Eyraud à 40 ans environ

 


Dans les premières années passées à Saint Peter, comme nous venons de le dire, le Père Eyraud va se démener pour remettre de l’ordre dans cette paroisse.  Certes elle est aisée matériellement. Mais il veut remettre les choses en place tant sur le plan matériel que spirituel. Le Père après avoir visité toutes les familles, après avoir fait revenir les hommes à la messe, fermé quelques bars à des heures gênantes, il s’attelle alors à la rénovation de l’église en elle-même. A ce sujet, le livre « Père, The  Little Frenchman » donne beaucoup de détails qui ne peuvent pas être rapporter sur ce Site.

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Mais en voici le résumé:

Première réalisation en 1916 : arranger, structurer, nettoyer le cimetière de la paroisse.

Il refait le cimetière qui était à l’abandon. Il aura d’ailleurs des oppositions virulentes .

Deuxième réalisation en 1922 : grande rénovation de St Peter church grâce à un don important d’Edward Godchaud ( d’origine juive). Tout y passe , la maçonnerie, le vestibule, les vitraux, la peinture, l’achat de nouvelles cloches. Des mois et des mois de travaux.

ST-Peter-catholic-Church-Reserve.jpgL’église de « St Peter catholic church » a donc été totalement rénovée. Sainte thérèse d’Avila disait en son temps que les personnes spirituelles aimaient le beau et l’ordre en toute chose……voilà qui est fait pour St Peter.

Anecdote : pour l’achat des cloches il y eut 7 donateurs que le Père avait lui même choisis (parmi des donateurs potentiels). Six d’entre-eux donnèrent la même grosse somme. Un septième donna beaucoup moins que les autres, faisant selon ses moyens. Lorsque le Père Jean Eyraud annonça dans le journal paroissial le nom des 7 donateurs, il tourna sa phrase de telle sorte que tous comprirent que les sept avaient donné la même grosse somme d’argent.

« As soon as the paper was distrib­uted, (the sponsor who had donated only $25) came to the rectory thanking Father Eyraud profusely … »

Traduction :
« Dès que le journal fut distribué, (le sponsor qui avait fait don seulement 25 $) est venu au presbytère remerciant le Père Eyraud profusément….. »

Délicatesse du Père Jean….

Troisième réalisation en 1922 ( il a 42 ans ): construction de l’église Ste Jeanne d’Arc.

La ville de Réserve grandit très vite
sous l’effet de l’industrie de la cannes à sucre. Le Père Eyraud est à la tête d’une paroisse très importante. Il décide donc de construire dans la ville de Laplace qui est proche de Réserve une autre église, comme une sorte d’antenne de St Peter . Le terrain a été donné par les sucreries « Godchaud ». Les travaux commencent en 1922 ,la dédicace officielle, la bénédiction et la 1ere messe sont dites en 1923. Cette église sera mise sous le patronage de « Sainte Jeanne d’Arc ».

Commentaire du livre « ……We see with our own eyes Father Eyraud’s trudging down to Laplace over dusty, at times muddy, and other times rough roads to hear confessions on Saturdays and to offer the Holy Sacrifice of the Mass on Sundays, always with a smile on his weary face and a cheery word on his lips ».

Traduction :
Et malgré ce travail colossal….. » nous voyons de nos yeux le Père Eyraud marchant d’un pas fatigué sur les chemins poussièreux de Laplace, parfois boueux, pour entendre les confessions du samedi et offrir le Sacrifice de la Sainte Messe le dimanche, toujours avec un sourire sur son visage las et un mot joyeux sur ses lèvres… »

Sous la houlette d’un tel pasteur, la paroisse Saint Jeanne d’Arc à son tour prospère très vite……Il organise des groupes de prière et des groupes de reflexion.

Paroisse-St-Jeanne-d-Arc-Mgr-Eyraud.jpg ( Photo du livre  » Père, The Little Frenchman »).

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C’est dans cette église de Ste Jeanne d’Arc qu’auront lieu après sa mort des passages incessants d’anciens paroissiens qui signaleront plusieurs miracles. Devant toutes ces manifestations et la « vox populi « , les autorités écclésiales décident d’ouvrir un dossier de Béatification. Le dossier ( clos à priori en 2003 par Mgr Terry Tekippe) est en cours d’examen à Rome.

Pour information : Mgr Tekippe est décédé cette même année 2003 en Grêce alors que son enquête était pratiquement terminée.

En 1923 il a la joie de voir sa soeur Isoline en Louisiane, sa nièce Hélène Blanchard Brochier, et son neveu Jean Brochier.

En 1929-1930 : quatrième réalisation. Deux écoles catholiques sont construites.


En arrivant en 1916 à St Peter Church
, il avait eu très tôt l’intuition qu’il fallait ouvrir une école pour les enfants de sa paroisse. En effet il était intimement convaincu que la foi se transmettait très jeune et que l’école contribuait largement à l’éveil de la foi. En 1916, il avait trouvé deux gros obstacles :
1 / aucun local ne convenait.
2 / aucune congrégation religieuse n’avait pû répondre à sa demande et prendre en charge cette école.


En 1929 ( il a 49 ans ) les choses se présentent autrement.
A l’occasion de ses 25 ans de prêtrise il annonce clairement son intention. Les deux paroisses ( St Peter et Ste Jeanne d’Arc) ont pris beaucoup d’importance et les familles ont de nombreux enfants : une école est indispensable.
Initialement les paroissiens sont surpris voire défavorables. L’école publique du secteur est appréciée. D’ailleurs, avec quels moyens peut-on construire une telle école ? Mais sa foi, sa détermination l’emportent. L’évêque lui-même est circonspect et lui affirme qu’il sous-estime les frais. Il lui conseille d’emprunter 70.000 dollars et non 25.000 comme l’avançait le Père Eyraud. Finalement il emprunte 30.000 dollars pour le matériel. La construction est effectuée par les hommes de la paroisse ! …..

Et finalement il en construit deux:

– la première en 1930 ( école Saint Pierre) pour les enfants de ses paroissiens.
– la seconde ( Sainte Catherine) pour les enfants les plus déshérités ( les enfants noirs) . Plus tard cette école s »appellera « Notre Dame des Grâces ».

Ecoles-consrtuites-par-Mgr-Eyraud.jpg ( Photo du livre  » Père, The Little Frenchman »).


L’école Sainte Catherine
est ouverte en 1931 pour les enfants noirs. Il ne faut pas oublier que la ville de Réserve est entourée de champs de cannes à sucre. De nombreux noirs travaillent sur ces exploitations et dans l’industrie du sucre. Le père Eyraud se soucie des enfants noirs, très pauvres le plus souvent et dont les parents sont illettrés. Ce batiment n’a pas été construit : il s’agit en réalité d’une ancienne école qui a été rénovée. La première directrice fut soeur Katerine Drexel , morte en 1955 à l’âge de 96 ans, béatifiée le 20 novembre 1988 et canonisée par Jean Paul II le 1er Octobre 2000.

Certains paroissiens furent très mécontents de voir la construction de cette petite école pour enfants noirs. Certains allèrent jusqu’à envoyer un médecin pour examiner discrètement l’état mental du Père Eyraud. Ils demandèrent très sérieusement qu’il y ait un trottoir pour les enfants blancs et un autre pour les enfants noirs et le Père Eyraud subit pendant plusieurs mois des attaques assez violentes.

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Mgr-Eyraud--Sainte-catherine.jpg ( Photo du livre  » Père, The Little Frenchman »).

…Le Père , lui, resta imperturbable, résolu à construire ces deux écoles. Cette attitude ferme, en faveur des jeunes enfants noirs, fit revenir de nombreux Africains dans la paroisse de St Peter …..ce qui provoqua à nouveau d’autres problèmes.

Alors le frère Jean pensa sérieusement ouvrir une paroisse dédiée aux Africains ! Nos mentalités actuelles sont choquées par l’attitude de ses paroissiens. Mais ces évènements sont bien-sûr à remettre dans le contexte de l’époque. Dans sa clairvoyance, le Père Jean resta ferme, bienveillants à l’égard de tous, accueillant, charitable……..L’enseignement de ces enfants noirs lui paraissait primordial.

Réussite totale pour ces deux écoles :

 

Mgr-Eyraud.jpg

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Mgr Jean Martin Eyraud avec les soeurs Dominicaines chargées de l’école catholique Saint Peter. ( Photo du livre  » Père, The Little Frenchman »).

L’école catholique « St Peter  » est tenue par les soeurs Dominicaines ( voir photo ci-dessus) . En un an, le nombre d’élèves passe à 530 !

L’école Sainte catherine est tenue par les soeurs du « Saint Sacrement » ( en anglais « the Sisters of the Blessed Sacrament » . J’espère ne pas avoir fait d’erreur de traduction ) et compte au bout d’un an 400 élèves d’origine africaines !

Le Père Eyraud , au témoignage de tous, est totalement désintéressé. Certaines familles noires très défavorisées le payent en nature : poulets, jambons, oeufs….. Et lui ne cherche pas à vérifier quoi que ce soit….. il fait totalement confiance.

Sa charité devient légendaire.
Elle est inépuisable.

Mgr-Eyraud-visitant-l-ecole-St-Peter.jpg

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Le Père Eyraud visitant une des classes de St Peter school. A côté de lui une soeur dominicaine, soeur Mary Marjory. ( Photo du livre  » Père, The Little Frenchman »). Le livre signale que le Père était très appréciée par la communauté des soeurs, et tout autant par les enfants. Les élèves attendaient ses visites quotidiennes avec beaucoup d’impatience. Voici une petite phrase qu’il aimait rappeler aux enfants : «  pour parvenir à connaître Dieu, nous devons apprendre de Lui comment Il veut que nous vivions nos vies, à travers sa Parole « . ( phrase difficile à traduire de l’anglais : mais j’ai préféré faire une traduction un peu lourde et ne pas déformer ses propos).

Il tenait à donner personnellement les résultats scolaires avec une appréciation pour chacun des élèves ( notes, tenue, camaraderie….). Mais il le faisait avec beaucoup de tact, de douceur, afin de ne pas embarasser les enfants. Un adulte racontait ses souvenirs : »Je me souviens de Monseigneur Eyraud comme d’un père très affectueux et se souciant de chacun nous…. ». Le Père recevait aussi dans cette école des enfants juifs, des enfants protestants….et voici le témoignage d’une dame protestante ( Kathleen Cambre Leggett) sur sa scolarité à St Peter, alors qu’en arrivant dans cette école elle se sentait comme différente : « Le père Eyraud est entré dans la classe, nous a souri puis a remonté l’allée nous tapotant sur la tête. Il s’est arrêté à mon bureau et m’a regardé et a dit dans son accent français délicieux, « Vous êtes notre petite protestante ? Nous vous aimons tous et nous sommes heureux que vous soyez ici avec nous. Dieu vous bénisse.  » Je l’ai aimé à cette minute et j’ai décidé que j’étudierai très sérieusement pour le rendre fier de moi… ».

Le livre donne de nombreux témoignages d’anciens élèves et énumère ce que le Père avait mis en place pour eux. Je donne deux exemples qui m’ont frappés. Il disait une messe tous les dimanches ( à 8h30 ) réservée aux enfants. Afin qu’il n’y ait pas de problèmes d’accompagnement un bus de ramassage passait à leur domicile. Deuxième exemple: il confessait tous les élèves qui le désiraient. A ce propos, le livre signale qu’il passait de longues heures au confessionnal.

Le 13 Juin 1937 : 5eme réalisation ( il a 57 ans) . Construction de l’église  » Our Lady of Grace »

Comment traduire ? « Notre Dame des Grâces » ou « Notre Dame de Grâce » ?

En 1931, le Père Jean avait déjà ce projet à coeur : il le réalise en 1937. Il s’agit d’une église pour les paroissiens d’origine africaine. De nombreuses familles africaines en effet ( qui travaillaient dans l’industrie de la canne à sucre) étaient revenues à la pratique religieuse en voyant le père Eyraud se donner tant de mal pour eux. Le mouvement s’était accéléré lorsque le père avait ouvert l’école catholique « Sainte catherine » pour les enfants noirs.

Mais cet afflux de familles noires dans la paroisse de St Peter ( à majorité blanche) avait provoqué de vives réactions en particulier à l’encontre du père : autre temps, autres moeurs. Cette église de « Our Lady of Grace » leur est donc réservée.

A cette occasion l’école  » sainte Catherine » change de nom et devient l’école catholique de  » Notre Dame de Grâce ».

1935 ( il a 55 ans ) : première nomination du Père Eyraud

Le travail considérable qu’effectua le Père Eyraud dans sa paroisse et son rayonnement personnel ne passèrent pas inaperçus. En 1935, l’Archevêque Joseph Francis Rummel le nomme consultant de l’archidiocèse, examinateur pro-synodal et membre du conseil de l’enseignement diocesain. Il a servi de consultant jusqu’en 1955.

Monsignor--Jean-Eyraud-confessionnal.jpg Cette photo a été prise devant un confessionnal dans les années 50.

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6 mars 1938: Le Père Jean est nommé « Monseigneur ».

1938 ( 58 ans ) il est nommé « Monseigneur »  c’est-à-dire prélat d’honneur de Sa Sainteté. Il n’a pas été évêque à proprement parler. C’est pour ce motif qu’il est resté dans sa paroisse de St Peter catholic Church. Mais il est malgré tout légitime de l’appeler « Monseigneur Eyraud ».

 

Il était l’un des six membres du clergé du diocèse de la Nouvelle Orléans a être élevé par Pie XI à ce rang.

 

 

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          Monseigneur Eyraud à la Cathédrale Saint Louis, lors de sa nomination comme « prélat d’honneur de sa Sainteté ».

 

Voici un extrait du texte du Saint-Père  lors de cette nomination.

 

Bénédiction du Saint Père

« Fils aimé, santé et Bénédiction Apostolique.

Afin que nous puissions dignement récompenser vos mérites, notre frère vénérable, l’archevêque  de la Nouvelle-Orléans, nous a informé de vos services comme suit : «  Jean Eyraud, consultant diocésain, s’est acquitté  pendant de nombreuses années de son  ministère de façon la plus louable et de nombreuses façons auprès des âmes ; il a érigé dans sa paroisse une école catholique pour des enfants blancs et une pour les enfants noirs ». C’est pourquoi, suite à la demande de notre frère vénérable, l’Archevêque de la Nouvelle-Orléans, nous désirons vous accorder un témoignage public de notre bienveillance. 

  Nous vous constituons volontairement et vous déclarons, par ces Lettres Apostoliques et par notre autorité, « Prélat « . Donc, fils aimé, nous vous accordons le droit et l’autorité pour porter la robe pourpre ……le vêtement de lin, appelé le Rochet ;  de même pour utiliser les honneurs, ….les prérogatives, induits ……. »

Nous espérons que la traduction de ce texte du Saint-Père est correcte et qu’elle ne trahit pas ses propos. Nous restons ouvert à toute rectification.

Le 27 mars 1938 sur la demande de l’archevêque de la Nouvelle orléans Mgr Rumel , une journée ( congrés ) Eucharistique se déroula à Réserve. 12000 personnes participèrent aux cérémonies avec des processions telles que l’on n’en avait jamais vues.

 

 

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Cette photo m’a été transmise par M. Dwayne Montz de Louisiane avec qui je suis en contact. Il en a profité pour m’envoyer 5 documents ( journaux) qui parlent de Mgr Eyraud. Ce n’est pas ma photo préféré….trop officielle.

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Période de 1939 à 1953 .

Au cours de ces quatorze années, Mgr Eyraud garde toujours le même cap. Il répond aux besoins  de ses paroissiens en améliorant les écoles, en construisant une nouvelle salle paroissiale, il répare, agrandit, repeint, …….

Il reçoit des dons importants et peut rembourser les prêts plus rapidement que prévu.

Saint Peter Church fête en 1939 ses soixante quinze ans d’existence. Lors du sermon, le prédicateur affirme:  »  Quand Monseigneur Eyraud est arrivé ici, à  Saint Peter en 1916, on se demandait pourquoi il y avait une si grande église pour un si petit nombre de paroissiens. Depuis quelques années,  c’est l’inverse. Beaucoup affirment que  l’église est trop petite pour accueillir tant de paroissiens malgré les trois messes du dimanche ».

Juin 1944 : une grand messe d’action de grâce est dite pour ses 40 années de sacerdoce.

Août 1944 ( il a 64 ans)  les prêts contractés pour l’achat des terrains et la construction des écoles sont totalement remboursés. Le Père Eyraud avait été critiqué par certains de ses paroissiens et avait été  mis en garde par son évêque face à des emprunts qui semblaient excessifs. Quatorze années auront suffit pour tout rembourser !

 

En juin 1947: il fait un voyage en France. Le secteur paroissial devient énorme. Le livre « Père, the little frenchman  » cite les nombreuses églises qui ont été construites autour de la ville de Réserve ( P 73) . Mgr Eyraud est nommé doyen du secteur. Mais il est fatigué ( 67 ans) et ressent le besoin de faire un petit retour en France. De nombreux amis paroissiens cotisent pour qu’il puisse y retourner pendant 3 mois ! En juin 1947 il part donc dans son pays natal. Il en profite pour aller à Rome au Vatican, voir le Pape ( le livre ne précise pas le genre de visite), s’arrêter en divers lieux de pélerinage ( le livre n’indique pas lesquels ), passe par un cimetière américains en Belgique. On est en 1947, juste après la guerre, et on peut supposer qu’il est allé se recueillir sur la tombe de paroissiens morts au combat . Et enfin il séjourne au Glaizil avec beaucoup d’émotion ou il rencontre tous les membres de sa famille avec beaucoup de joie.

 

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Le Glaizil.

 

La visite de Monseigneur Eyraud a touché beaucoup de personnes . Entre autres, il a pu rencontré le Père Sylvain Blanchard (le frère de la nièce de Monseigneur). Ce prêtre et ami lui a écrit  une lettre peu de temps après son retour à la ville de Réserve,  datée le 26 août 1947, de la Fare en Champsaur. La voici :

 « Le Seigneur a été très bon de me donner la joie de vous revoir . Vous avez amené avec vous de très chères personnes ( je ne sais pas de qui ce prêtre parle ) et votre présence affectueuse  a changé ma solitude de prêtre d’un pays humble en une ruche baigné par la lumière du soleil …….  Votre départ m’a laissé un vide profond, mais aussi une tranquillité totale, avec la joie d’avoir vu l’activité et les voix vibrantes de Hélène et Jeannette. Débordement d’affection …… Maintenant vous pouvez comprendre la solitude que je ressens après votre départ, car nous nous étions si rapidement habitué à votre heureuse présence …….  je suis resté perdu dans la mémoire inoubliable de votre visite si animée et heureuse. J’éloigne de moi ces réflexions sombres pour remercier Dieu pour Sa bonté … Très cher Père, vous avez été envoyé très particulièrement pour nous sauver, pauvres serviteurs. Vraiment « Merci » . C’est rapidement dit et je ne fais que le répéter. Mais il m’est difficile face à  une telle bonté et générosité comme la vôtre et  présentée avec une telle simplicité,  de mettre dans des mots ce que le coeur sent si profondément.

Au moins, vous avez reçu mes prières reconnaissantes et ma gratitude… Au  moment de ces quelques lignes, vous êtes entre la mer et le ciel. J’espère et prie pour que votre voyage  de retour soit agréable et rempli du souvenir heureux de la visite à votre patrie aimée après une absence de 37 années. Je me souviens de vos yeux méditatifs et vos mains désignant du doigt votre rosaire lorsque vous marchiez sur le pont, priant pour votre pays revisité et pour vos paroissiens fidèles, qui attendent avec impatience le retour de leur père spirituel et pasteur. J’espère que cette lettre sera sur votre bureau attendant votre retour avec mes remerciements et profonde gratitude de nouveau répétée » .

 

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                          Le village de Chauffayer qui se trouve à côté du Glaizil. Le Glaizil se trouve au pied de cette chaîne montagneuse.

 

 

 

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